—Le temps est venu! Je marcherai contre vous, cardinaux et prélats romains, comme contre des païens! Je tournerai la clef dans la serrure, j'ouvrirai le coffret abominable, et il s'échappera de votre Rome une telle puanteur, que les gens en seront asphyxiés. Je dirai des mots qui vous feront pâlir, et le monde tremblera sur ses bases et l'Église de Dieu, tuée par vous, entendra ma voix: «Lève-toi, Lazare!» et elle se lèvera et sortira de sa tombe... Je ne veux ni vos mitres, ni vos barrettes!... Je n'aspire, ô Seigneur, qu'à la barrette de la mort, à la couronne sanglante de tes martyrs!

Il tomba à genoux, en sanglotant, ses mains pâles tendues vers le crucifix.

Ricciardo profita de cet instant de confusion générale, il s'échappa adroitement de la cellule et s'éloigna rapidement.

III

Parmi les moines qui écoutaient Savonarole, se trouvait le novice Giovanni Beltraffio.

Lorsque les frères commencèrent à se disperser, il descendit avec eux l'escalier qui conduisait à la cour principale du monastère et s'assit à sa place préférée, dans la longue galerie couverte, où toujours, à cette heure, régnaient le calme et la solitude.

Entre les murs blancs du couvent, croissaient des lauriers, des cyprès et un buisson de roses de Damas, à l'ombre duquel frère Savonarole aimait à prêcher. La tradition rapportait que des anges, la nuit, arrosaient ces roses.

Le novice ouvrit l'Épître de l'apôtre Paul aux Corinthiens et lut:

«Vous ne pouvez boire à la coupe du Seigneur et à celle du diable; vous ne pouvez manger à la table du Seigneur et à celle du démon.»