La nuit venue, un mouvement courut dans la foule:

—On vient, on vient.

Silencieux, environnés de ténèbres, sans hymnes, sans torches, vêtus de longues robes blanches, les enfants inquisiteurs s'avançaient, portant la statue de Jésus enfant qui, d'une main désignait sa couronne d'épines, de l'autre, bénissait le peuple. Derrière marchaient les moines, les chantres, les gonfaloniers, les membres du Conseil des Quatre-Vingts, les chanoines, les docteurs et les maîtres ès théologie, les chevaliers du capitaine Bargello, les sonneurs de trompe et les massiers.

Le silence régna sur la place comme à une mise à mort. Savonarole monta sur la chaussée devant le Vieux Palais, leva au-dessus de sa tête le crucifix et dit à haute et solennelle voix:

—Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, allumez le bûcher!

Quatre moines porteurs de torches résineuses, s'approchèrent de la pyramide et l'allumèrent aux quatre coins. La flamme crépita. Tout d'abord ce fut une fumée grise, puis ensuite une fumée noire. Les trompes sonnèrent. Les moines entonnèrent «le Te Deum Laudamus». Les enfants répétèrent:

Lumen ad revelationem gentium et glorian plebis Israel.

La cloche de la tour du Palazzo Vecchio sonna, les cloches de toutes les églises de Florence lui répondirent.

La flamme s'avivait, montait. Les feuilles tendres des antiques manuscrits se tordaient comme si elles fussent vivantes. De la dernière marche sur laquelle étaient étalés les accessoires carnavalesques, une perruque en feu s'envola. La foule eut un murmure joyeux.

Les uns priaient, les autres pleuraient. Quelques-uns riaient, sautaient, agitant leurs mains et leurs chaperons. D'autres prophétisaient.