La pluie avait cessé. Le vent du nord chassait les nuages. Dans le ciel sans lune, les étoiles clignotaient comme de petites lampes soufflées par la brise.
Les torches résineuses fumaient et crépitaient, projetant des étincelles. Suivant la rue Ricasoli, devant San Marco, ils approchèrent de la tour dentelée qui défend la porte San Gallo. Les gardiens, endormis, discutèrent longtemps, jurant, ne comprenant pas de quoi il s'agissait et grâce seulement à un généreux pourboire, consentirent à les laisser sortir de la ville.
La route, très étroite, suivait la vallée du Munione. Évitant plusieurs villages pauvres à ruelles serrées ainsi que celles de Florence, à maisons hautes comme des forteresses, bâties en pierres mal équarries, les voyageurs pénétrèrent dans le champ d'oliviers appartenant aux habitants de San Gervasio, descendirent de cheval au rond-point des deux routes et à travers les vignes de messer Cipriano, atteignirent la colline du Moulin.
Des ouvriers armés de pelles et de pics les attendaient.
Derrière la colline, du côté des marais de la «Grotte Humide» se dessinaient vaguement dans l'obscurité, les murs de la villa Buonaccorsi. En bas, sur le Munione, se dressait un moulin à eau. De fiers cyprès noircissaient le haut de la colline.
Grillo indiqua l'endroit où, d'après lui, on devait creuser. Merula désigna un autre emplacement, au pied de la colline, où l'on avait trouvé la main de marbre. Et le principal ouvrier, le jardinier Strocco, assurait qu'il fallait fouiller en bas, près de la Grotte Humide, «les impuretés ayant une préférence marquée pour les marais».
Messer Cipriano ordonna de creuser là où conseillait Grillo.
Les pics résonnèrent. Cela sentit la terre fraîchement remuée. Une chauve-souris effleura le visage de Giovanni. Il frissonna.
—Ne crains rien, moinillon, ne crains rien! dit pour l'encourager Merula en frappant amicalement sur son épaule. Nous ne trouverons aucun diable. Si encore cet âne de Grillo... Gloire à Dieu, nous avons assisté à d'autres fouilles! Par exemple, à Rome, dans la quatre cent cinquantième olympiade—Merula employait toujours la chronologie antique—sous le pape Innocent VIII, sur la voie Appienne, près du tombeau de Cecilia Metella, dans un ancien sarcophage romain portant l'inscription: «Julie, fille de Claude», les terrassiers lombards ont trouvé le corps, couvert de cire, d'une jeune fille de quinze ans qui paraissait endormie. Le rose de la vie était encore sur ses joues. On aurait cru qu'elle respirait. Une foule incalculable entourait son cercueil. Des pays lointains, on venait la voir, tant Julie était belle; si belle que si l'on n'avait décrit sa beauté, ceux qui ne l'ont pas vue n'y croiraient guère. Le pape s'effraya, en apprenant que le peuple adorait une païenne morte, et ordonna de l'enterrer une nuit, mystérieusement... Voilà, mon petit frère, quelles fouilles on fait parfois!
Merula regarda dédaigneusement la fosse qui s'agrandissait rapidement. Tout à coup, la pioche d'un ouvrier sonna. Tous se penchèrent.