Les regards de la duchesse tombèrent sur la fermeture de fonte de l'Oreille de Denys. Elle s'approcha de l'ouverture, souleva le lourd couvercle et écouta. Des flots de sons parvinrent jusqu'à elle, pareils aux murmures des vagues dans les coquillages. Tout à coup, il lui sembla que, non pas en bas, mais tout près d'elle, quelqu'un avait murmuré:

—Bellincioni... Bellincioni...

Elle poussa un cri et pâlit.

—Bellincioni! Comment n'y avait-elle pas songé à lui Oui, oui, certainement! Voilà de qui elle saurait tout... Chez lui, inaperçue... pour qu'on ne la cherche pas... Ah! tant pis! Je veux savoir, je ne puis plus supporter ce mensonge!

Elle se souvint que, sous prétexte de maladie, Bellincioni n'était pas venu au bal, elle calcula qu'il devait être seul chez lui à cette heure et appela le page Ricciardetto qui se tenait à la porte.

—Ordonne à deux porteurs de m'attendre avec un palanquin dans le parc, près de la porte secrète du palais. Seulement, si tu veux me plaire, que personne n'en sache rien? tu entends?... personne!

Elle lui donna sa main à baiser. L'adolescent courut exécuter les ordres.

Béatrice revint dans la chambre, jeta sur ses épaules un manteau de martre, assujettit sur son visage un masque de soie noire et quelques minutes après se trouva dans son palanquin qui prenait la direction de la porte Ticcini où habitait Bellincioni.

VII

Le poète appelait sa vieille maison, à moitié en ruines, une «niche à grenouilles». Il recevait de nombreux cadeaux, mais menait une vie de désordres, buvait ou jouait tout ce qu'il possédait et c'est pourquoi la pauvreté, selon l'expression de Bellincioni lui-même, le poursuivait «comme une épouse fidèle et détestée».