«Beaucoup, faisant commerce de miracles, trompent la populace et punissent ceux qui dévoilent leurs trafics.»—C'est probablement au sujet de fra Girolamo et de la science qui détruit la foi dans les miracles.

Il ferma le cahier et regarda Giovanni.

—Assez, n'est-ce pas? Les preuves sont suffisantes?

Beltraffio secoua la tête.

—Non, Cesare... Oh! si on pouvait trouver un endroit où il dit bien nettement.....

—Nettement? Tu peux attendre. Ce n'est pas dans sa nature. Chez lui, tout est double, coquet et rusé comme chez une femme. Ses devinettes en font foi. Attrape-le! Il s'ignore lui-même. Il est pour soi-même la plus grande énigme.

«Cesare a raison, pensait Giovanni. Mieux vaut un franc sacrilège que ces plaisanteries, ce sourire de Thomas l'Incrédule sondant les plaies du Sauveur...»

Cesare lui montra un dessin au crayon orange sur papier bleu,—tout petit, perdu entre des croquis de machines et des calculs,—qui représentait la Vierge Marie et l'Enfant Jésus dans le désert. Assise sur une pierre, elle dessinait sur le sable des triangles, des cercles et autres figures. La mère du Seigneur apprenait à son fils la géométrie, source de toutes les sagesses.

Longtemps Giovanni contempla cet étrange dessin. Il voulut lire l'inscription qui se trouvait au-dessus. Il approcha le miroir; Cesare eut à peine le temps de déchiffrer les trois premiers mots, «Nécessit—éternel maître», lorsque retentit la voix de Léonard, criant:

—Astro! Astro! donne de la lumière! Où êtes-vous donc tous? Andrea, Marco, Giovanni, Cesare!