—Bonsoir. Il y a longtemps que nous ne nous sommes vus. Comment te portes-tu?
—Je dois remercier Votre Altesse.....
—Eh! finis! N'es-tu pas digne d'autres cadeaux? Attends, le moment viendra où je saurai te récompenser selon tes services.
Il questionna le maître sur ses travaux, inventions et projets, cherchant exprès ceux qui lui paraissaient les plus irréalisables: la cloche à plongeur, les patins à naviguer, la machine volante. Dès que Léonard abordait la question sérieuse: la fortification du palais, le canal, la fonte du monument Sforza, de suite il détournait la conversation avec un air ennuyé et dégoûté.
Subitement il devint pensif, ce qui lui arrivait souvent depuis quelques mois, se tut, pencha la tête avec une expression si détachée, qu'il semblait avoir oublié son interlocuteur. Léonard prit congé.
—Allons, adieu, adieu! dit distraitement le duc; mais lorsque l'artiste fut à la porte, il le rappela, s'approcha de lui, lui posa ses deux mains sur les épaules et le fixa d'un long et triste regard.
—Adieu, murmura-t-il, et sa voix trembla. Adieu, cher Léonard! Qui sait si nous nous reverrons?
—Votre Altesse nous abandonne?
Le duc soupira péniblement et ne répondit pas.
—Oui, mon ami, continua-t-il. Voilà seize ans que nous vivons ensemble et je n'ai de toi que de bons souvenirs, et toi aussi tu n'en as pas de mauvais de moi. Que les gens disent ce qui leur plaira, mais dans les siècles futurs, celui qui nommera Léonard pensera aussi un peu à Ludovic le More!