La flamme monta. Mais le vent la rabattit de côté. La foule houla. Les gens s'écrasant, fuyaient, terrifiés, criant:

—Le miracle! le miracle! Ils ne brûlent pas!

Le vent s'apaisa. La flamme de nouveau monta et enveloppa les corps. La corde qui reliait les mains de Savonarole se brisa. Ses bras qui pendaient le long de son cadavre, s'agitèrent dans le feu et semblaient pour la dernière fois bénir le peuple.

Lorsque le bûcher fut éteint et qu'il ne resta plus que des os calcinés et des lambeaux de chair, les disciples de Savonarole se frayèrent un passage jusqu'à la potence, pour ramasser les restes des martyrs. Les gardes les écartèrent et chargeant les cendres sur une charrette, se dirigèrent vers Ponte Vecchio, afin de précipiter le triste butin dans la rivière. Mais en route, les élèves purent voler quelques pincées de cendres et quelques parcelles du cœur non consumé de Savonarole.

Son récit achevé, fra Paolo montra à ses auditeurs une amulette qui contenait les cendres. Fra Benedetto longuement l'embrassa et l'arrosa de ses larmes.

Puis les deux moines se rendirent aux vêpres, laissant Giovanni seul.

En rentrant, ils le trouvèrent étendu par terre, sans connaissance, devant le crucifix. Entre ses doigts raidis il serrait l'amulette.

Pendant trois mois, Giovanni resta entre la vie et la mort. Fra Benedetto ne le quittait pas d'un instant.

Souvent, dans le silence de la nuit, assis au chevet du malade, il écoutait son délire et s'effrayait.

Giovanni rêvait de Léonard de Vinci et de la Sainte-Vierge qui, tout en dessinant sur le sable des figures géométriques, apprenait au Christ les lois de l'éternelle nécessité.