—Ce que j'ai perdu de temps avec ces babioles! grogna-t-il en désignant les anges. Seulement, maintenant, maître, je ne sors pas d'ici avant d'avoir terminé mes ailes. Veuillez me donner le croquis de la queue.
—Il n'est pas prêt, Astro. Attends, je dois encore réfléchir.
—Mais, messer, vous me l'aviez promis avant-hier...
—Que veux-tu, mon ami! Tu sais que la queue de notre oiseau doit remplacer le gouvernail. La moindre faute, la plus petite erreur, peut tout perdre.
—Bien, bien... Vous devez le savoir mieux que moi. J'attendrai en achevant la seconde aile...
—Astro, murmura le maître, attends. Je crains qu'en nous pressant, nous soyons amenés encore à des transformations.
Le forgeron ne répondit pas. Avec précaution, il remua la carcasse de roseau tendue d'un croisillon de tendons de bœuf. Puis il se tourna vers Léonard et d'une voix sourde, émue, dit:
—Maître, eh! maître, ne vous fâchez pas, mais si à force de calculer vous arriviez de nouveau à l'ancien résultat, qu'on ne puisse, comme avec l'ancienne, voler avec cette machine, je volerai tout de même... pour narguer votre mécanique... Oui, oui, je ne puis plus attendre, parce que je sais que si cette fois encore...
Il n'acheva pas et se détourna. Léonard regarda attentivement son visage large, entêté, sur lequel se reflétait, immobile, l'idée insensée et dominante.
—Messer, conclut Astro, dites-moi franchement, volerons-nous ou ne volerons-nous pas?