—Encore la fièvre? demanda le maître.

—Oui, il délire.

Léonard se pencha pour examiner le pansement et écouter les paroles hachées du blessé.

—Plus haut, plus haut. Directement vers le soleil. Pourvu que les ailes ne prennent pas feu! Petit, d'où viens-tu? Quel est ton nom? La Mécanique? Je n'ai jamais entendu dire que le diable se soit nommé Mécanique. Pourquoi grinces-tu des dents? Allons, laisse-moi. Il m'entraîne, il m'entraîne... Je ne peux pas... Attends... laisse-moi respirer...

Le visage du malade exprimait la tristesse. Un cri d'horreur s'échappa de sa poitrine. Il lui semblait qu'il tombait. Puis de nouveau il se reprit à parler avec volubilité:

—Non, non, ne vous moquez pas de lui. C'est ma faute. Il disait que les ailes n'étaient pas prêtes. C'est fini... J'ai déshonoré mon maître... Entendez-vous? Qu'est-ce? On parle encore de lui, du plus petit et du plus lourd des démons, la Mécanique! Et le diable l'emmena à Jérusalem, continua-t-il en psalmodiant, et il le mit sur le toit du Temple et il lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici à terre.» Car il est écrit: «Tes anges doivent te préserver; et ils te porteront sur leurs bras afin que tes pieds ne touchent aucune pierre.» Voilà, j'ai oublié ce qu'Il a répondu au démon Mécanique! Tu ne te souviens pas, Giovanni?

Il fixa sur Beltraffio un regard presque conscient, mais Beltraffio crut qu'il délirait.

—Tu ne te souviens pas? insistait le malade.

Pour le calmer, Giovanni récita le douzième verset du quatrième Évangile de Lucas:

—Jésus-Christ lui répondit: «Il est dit: Ne tente pas ton Seigneur Dieu!»