Et subitement, comme un éclair, aveuglante, une pensée traversa son esprit:

«La même loi mécanique ici et là! Comme les vagues de l'eau, les ondes sonores se séparent dans l'air, s'entrecroisent sans se mêler, gardant le point de départ de chaque son. Et la lumière? L'écho étant le reflet du son, le reflet du jour dans une glace est l'écho de la lumière. Uniques sont Ta volonté et Ta justice, Premier Moteur: l'angle d'incidence est égal à l'angle de réflexion!»

Son visage était pâle. Ses yeux brillaient. Il sentait que cette fois encore il regardait dans l'abîme où personne encore n'avait osé regarder. Il savait que cette découverte, si elle était prouvée par l'expérience, était une des plus importantes depuis Archimède.

Deux mois auparavant, il avait reçu de messer Guido Berardi une lettre qui lui annonçait que Vasco de Gama avait, en contournant le cap de Bonne-Espérance, découvert un nouveau chemin vers les Indes, Léonard l'avait jalousé. Et maintenant il avait le droit de dire qu'il avait fait une plus grande découverte que Colomb et Vasco de Gama, qu'il avait vu de plus lointains mystères du nouveau ciel et de la nouvelle terre.

Dans la pièce voisine, le blessé gémit. L'artiste écouta et d'un coup se souvint de toutes ses désillusions, l'imbécile destruction du Colosse, la perte de la Sainte-Cène, la bête et terrible chute d'Astro.

«Est-ce que cette découverte, songea-t-il, serait destinée à périr, sans gloire, comme tout ce que je fais? Personne n'entendra-t-il jamais ma voix et serai-je éternellement seul comme maintenant, dans l'obscurité, sous terre, avec le rêve des ailes?»

Mais ces pensées n'obscurcirent pas sa joie.

—Eh bien! soit! je serai seul. Dans l'obscurité, dans le silence, dans l'oubli! Que personne n'en sache jamais rien. Je sais!

Un tel sentiment de force et de victoire emplit son cœur qu'il lui sembla que ces ailes qui étaient le rêve de sa vie existaient déjà et le soulevaient vers le ciel.

Il se sentit à l'étroit dans son souterrain, il voulut voir le ciel et l'espace.