Ayant achevé la vérification des dernières inscriptions et corrigé une erreur dans la liste des marchandises reçues en dépôt, messer Cipriano, fatigué, se renversa sur le dossier de son siège, ferma les yeux et songea à la rédaction de la lettre qu'il devait expédier à son principal commis, au sujet de la foire des draps qui se tenait à ce moment, à Montpellier, en France.

Quelqu'un entra. Le vieillard ouvrit les yeux et reconnut Grillo, le fermier qui lui louait les prés et les vignes dépendant de sa villa de San Gervasio, dans la vallée du Munione. Grillo saluait, tenant dans ses mains un panier plein d'œufs soigneusement enveloppés de paille. A sa ceinture pendaient, la tête en bas, deux jeunes coqs liés par les pattes.

—Ah! Grillo! murmura Buonaccorsi avec l'affabilité qui lui était coutumière, aussi bien vis-à-vis des riches que des humbles, comment te portes-tu? Je crois le printemps bien favorable.

—Pour nous autres vieux, messer Cipriano, le printemps n'est plus une joie, car nos os geignent pis qu'en hiver et soupirent après la tombe... Voilà, ajouta-t-il après un silence. J'ai apporté à Votre Excellence deux jeunes coqs pour la fête pascale...

Grillo clignait malicieusement ses yeux verts cernés de fines rides.

Buonaccorsi remercia, puis interrogea le vieillard.

—Eh bien! les ouvriers sont-ils prêts? Aurons-nous le temps de terminer avant l'aube?

Grillo soupira péniblement et resta songeur.

—Tout est prêt. Les ouvriers sont en nombre suffisant. Seulement, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, ne vaudrait-il pas mieux remettre, messer?

—Tu disais toi-même, vieux, qu'il ne fallait pas attendre; que quelqu'un pouvait avant nous exécuter notre projet.