—Tout est possible, continua Nicolas; vous ne les connaissez pas encore. Ce monstre...

Il s'arrêta, pâlit, mais acheva avec véhémence:

—Ce monstre est capable de tout! Même d'amener une sainte à se suicider. Je l'ai vue jadis deux fois, quand elle n'était pas autant surveillée. Maigre, frêle, telle une vision. Un visage d'enfant. Des cheveux blonds comme du lin pareils à ceux de la Madone de Filippino Lippi. Elle n'était même pas jolie. Je ne sais ce qui a pu attirer en elle le duc... O messer Leonardo, si vous saviez quelle charmante et pitoyable enfant c'était!

Nicolas se détourna, et l'artiste crut voir briller des larmes sur ses cils.

Mais bientôt, se ressaisissant, il acheva en criant d'une voix aiguë:

—J'ai toujours dit: un honnête homme à la cour est un poisson dans une poêle! J'en ai assez! Je ne suis pas fait pour servir les tyrans! J'exigerai que la Seigneurie m'envoie dans une autre ambassade—n'importe où—mais je ne puis rester plus longtemps ici!

Léonard plaignait Marie et il lui semblait qu'il ne se serait arrêté devant aucun sacrifice pour la sauver, mais en même temps, au fond du cœur, il éprouvait un sentiment de soulagement, de délivrance, à l'idée qu'il ne fallait plus agir, et il devinait la même impression chez Nicolas.

XII

Le 30 décembre, à l'aube, le gros de l'armée de Valentino, environ dix mille hommes d'infanterie, deux mille cavaliers, sortit de Fano et disposa son camp sur la route de Sinigaglia au bord de la petite rivière Metaura, en attendant le duc qui ne devait se mettre en campagne que le lendemain, 31 décembre, jour fixé par l'astrologue Valguglio.