Et Giovanni se souvint des paroles de Léonard de Vinci: «L'ingegno dell' pittore vuol essere a similitudine del specchio...» L'âme de l'artiste doit être semblable au miroir qui reflète tous les objets, tous les mouvements, toutes les couleurs, en restant, elle, immobile, rayonnante et pure.

L'élève de fra Benedetto leva les yeux sur Léonard et il sentit que, même s'il était voué à la perdition éternelle, même s'il avait la certitude que Léonard était le serviteur de l'Antechrist—il pouvait quitter celui-ci, mais une force surnaturelle le ramènerait à cet homme—auquel il devait être attaché jusqu'à sa fin.

X

Deux jours plus tard, dans la maison de messer Cipriano Buonaccorsi, occupé en ce moment par d'importantes affaires et qui n'avait pu, pour cette cause, ramener la statue de Vénus dans la ville, Grillo accourut porteur de nouvelles alarmantes. Le curé Faustino, après avoir quitté San Gervasio, s'était rendu dans un village voisin, à San Mauricio; là il avait terrifié les habitants en les menaçant des foudres célestes, avait réuni les hommes de la commune, forcé les portes de la villa Buonaccorsi, battu le jardinier Strocco, ligotté les hommes préposés à la garde de Vénus. Puis il avait lu au-dessus de l'idole la vieille prière d'exorcisme: Oratio super effigies vasaque in loco antiquo reperta. Dans cette prière prononcée sur les statues et les objets découverts dans les antiques tombeaux, le prêtre priait Dieu d'épurer de l'impureté païenne les objets trouvés sous la terre et de les transformer pour l'utilité du culte chrétien—Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit—ut omni immunditia depulsa, sint fidelibus tuis utenda, per Christum Dominum nostrum!

On avait ensuite brisé la statue, jeté les débris dans un four et en ayant préparé une chaux vive, on en avait enduit les murs du cimetière.

En entendant ce récit de Grillo qui pleurait l'idole, Giovanni se sentit décidé. Le même jour il se rendit chez Léonard et le pria de l'admettre au nombre de ses élèves.

Léonard l'accepta.

Peu de temps après, la nouvelle parvint à Florence, que Charles VIII, roi très chrétien de France, à la tête d'une formidable armée, s'avançait à la conquête de Naples, de la Sicile, peut-être même de Rome et de Florence.

La terreur s'empara des citoyens, car ils voyaient en cette venue la réalisation des prophéties de Savonarole: les tourments se déchaînaient, le glaive de Dieu s'abattait sur l'Italie.