«J'affirme, écrivait Léonard dans la préface de son livre sur la Mécanique, que la Force est inspirée par l'âme, et invisible; inspirée par l'âme parce que sa vie est immatérielle, invisible parce que le corps dans lequel naît la force, ne change ni de poids ni d'aspect.»

La destinée de Léonard se décidait en même temps que celle de César.

En dépit de son calme et de sa bravoure qu'il conservait énergiquement, le duc sentait la chance le fuir.

Apprenant et la maladie et la mort du pape, ses ennemis s'unirent pour s'emparer des terres de la Campagne de Rome.

Prospero Colonna était aux portes de la ville; Vitelli s'avançait sur Citta di Castello; Jean Paolo Ballioni sur Peruggio; Urbino se révoltait; Camerino, Calli, Piombino reprenaient leur indépendance; le conclave, réuni pour l'élection du nouveau pape, exigeait le départ du duc de Rome. Tout changeait, tout le trahissait.

Ceux qui jadis tremblaient devant lui, maintenant le raillaient, acclamaient sa chute, donnaient des coups de pieds d'âne au lion agonisant. Les poètes composaient des épigrammes:

Ou César ou rien! Peut-être l'un et l'autre?

César, tu l'as déjà été; rien, tu le seras bientôt.

Une fois, au Vatican, tout en causant avec l'ambassadeur vénitien Antonio Giustiniani, celui-là même qui, aux jours de gloire du duc, lui prédisait qu'il «brûlerait tel un feu de paille», Léonard amena la conversation sur messer Nicolo Machiavelli.

—Vous a-t-il parlé de son livre sur la science de gouverner?