—Il est mon parent et plus âgé que moi de vingt ans, je lui dois le respect; mais il est dit dans l'Écriture: «Détourne-toi de l'hérétique.» Messer Leonardo est un hérétique et un athée. Il croit, à l'aide des mathématiques et de la magie noire, pénétrer les mystères de la nature.

Et levant les yeux au ciel, Antonio répéta cette phrase du dernier sermon de Savonarole:

—La science de ce siècle est folie devant Dieu. Nous connaissons ces savants: tous s'en vont chez le diable (tutti vanno alla casa del diavolo).

—Et saviez-vous, continua Giovanni encore plus timidement, que messer Leonardo était en ce moment à Florence?... Qu'il vient d'y arriver de Milan?

—Pourquoi?

—Le duc l'a chargé d'acheter quelques-uns des tableaux qui ont appartenu à feu Laurent le Magnifique.

—Qu'il soit ici ou n'y soit pas, cela m'est indifférent, interrompit Antonio en se détournant pour mesurer une coupe de drap vert.

Les cloches des églises sonnèrent l'Angelus. Doffo s'étira joyeusement et ferma le livre. Giovanni sortit dans la rue.

Les toits humides se découpaient sur le ciel gris teinté de rose. Il bruinait. Tout à coup, d'une croisée de la ruelle voisine, s'échappa une chanson:

O vaghe montanine e pastorelle...