Dû à la collaboration de tous les écervelés du pèlerinage, ce journal n’a subi aucune correction et je suis obligé de le signer seul, mes compagnons se refusant à prendre la responsabilité des plaisanteries et des propos risqués qui ont égayé notre route souvent pénible et dangereuse.
Mais le temps passe ; et, en remaniant ces notes pour en faire une relation sévère et grave, je craindrais trop de perdre mon avance, devant les étonnants progrès de l’Aviation, cette étonnante dernière conquête de la France, toujours !
Je veux montrer que nous lui avons ouvert la voie.
En avant ! toujours en avant !
DUC DE MONTPENSIER
CHAPITRE PREMIER
ARRIVÉE A SAÏGON
28 février 1908.
Saïgon ! Enfin !
Depuis l’aube, à mesure que le Polynésien remontait la rivière, la silhouette de la ville s’est précisée, blanche et rouge sur le fond vert du paysage cochinchinois. Partout autour de nous, sur les deux rives du fleuve, jusqu’aux confins de l’horizon, du vert, rien que du vert, toute la gamme des verts, du vert nuancé des rizières, au vert profond et comme vernissé des arbres aux feuilles immobiles. Toute cette nature semble peinte par un impressionniste truculent ! « C’est une symphonie en vert majeur », eût-on dit aux temps anciens (déjà) du naturalisme…