«Je vous salue.»
MARMONT À BONAPARTE.
«Rosette, 23 février 1799.
«Nos maux augmentaient, mon cher général, et je ne voyais aucun moyen de leur apporter de remède, tant qu'Alexandrie resterait dans l'oubli où cette ville est depuis longtemps. J'ai pris le parti de venir passer quarante-huit heures ici. J'ai respecté les lois sanitaires, et me suis campé hors la ville. Le général Menou m'a remis le commandement. J'ai sur-le-champ fait un emprunt de cent vingt mille francs, hypothéqué sur les rentrées de l'arrondissement. La moitié sera payée ce soir, et je l'emporterai avec moi. Le reste me suivra de près. Je payerai avec cet emprunt la première quinzaine de frimaire aux troupes. Je donnerai une vingtaine de mille francs à la marine, et je donnerai assez d'argent au génie pour pousser vigoureusement les travaux, qui depuis longtemps déjà sont suspendus.
«C'est la perspective qu'offrent les événements que l'on peut présumer qui m'a décidé à venir trouver le général Menou, et de lui demander ou de me donner des secours, ou de me remettre le commandement que vous m'avez confié. Votre absence me rend personnellement responsable de tout ce qui doit être fait, et j'ai été effrayé en pensant qu'en restant encore quelque temps dans la même sécurité la ville d'Alexandrie ne serait pas capable de la résistance qu'il est nécessaire qu'elle oppose.
«J'ai donc cru devoir mettre de côté les considérations particulières, au risque même de déplaire au général Menou. J'ai cru indispensable de tout sacrifier aux besoins pressants de la place d'Alexandrie. J'ai pensé surtout qu'il fallait faire arriver promptement les fortifications à un terme qui donnât quelque confiance; et je crois pouvoir atteindre ce but; mais il fallait de la prévoyance; et, si j'eusse attendu encore quelque temps, je crains bien qu'il n'eût été trop tard.
«J'ai donc fait ce que j'ai cru devoir faire, et ce que vos derniers ordres m'ont autorisé à faire. J'ai pensé exclusivement à préparer la défense d'Alexandrie, à laquelle mon honneur aujourd'hui est lié. Le général Menou m'a parfaitement reçu et a paru me céder sans peine le commandement. Il part sous peu de jours pour le Caire. Il sent, mon général, l'impossibilité d'envoyer un bataillon à Damanhour. Les quatre qui font la garnison ne forment en tout que quatre cent quatre-vingts fusiliers pour le service. Jugez, je vous prie, s'il est possible de diminuer ce nombre.
«Le général Menou me laisse donc la légion nautique, moins un détachement qui partira avec lui. Je vais l'envoyer à Ramanieh, afin de mettre à même le chef de brigade Lefebvre de s'établir de nouveau à Damanhour. Je vais avec ce secours presser la rentrée des contributions. Malgré tous mes efforts, elles ne s'élèveront jamais à la hauteur des dépenses fixes de l'arrondissement. Je vous enverrai par le premier courrier le tableau des différences.
«La peste va bien à Alexandrie; les accidents sont devenus moins fréquents, et le nombre des morts moins considérable: nos hôpitaux ne perdent pas plus de trois à quatre hommes par jour.
«Les Anglais sont toujours en présence. Ils ont suspendu depuis quelques jours leur bombardement.»