«La première résolution avait été d'obéir; la seconde fut de laisser faire; la troisième, d'adopter petit à petit les dispositions propres à se faire proscrire plutôt que chasser, parce que la proscription est accompagnée de quelque renommée, et que la honte, au contraire, est la compagne fidèle de ceux qui souffrent qu'on les mette à la porte sans mot dire.
«C'est ainsi, mon cher général, que le gouvernement s'est successivement monté à ce point de démence où vous le voyez aujourd'hui. Les délais qui se sont écoulés, la maladie de Schimmelpenning, le retard du couronnement, ceux que l'on prévoit encore pour son retour, tout a merveilleusement servi cette marche. Elle a été celle de tous les corps constitués à qui on a laissé le temps de se reconnaître avant d'exécuter leur destruction prononcée; et, ainsi que je le mandais au ministre, on peut reconnaître là ce qu'ont fait, il y a douze ans, le clergé, les parlements, la noblesse, et les plus petits bailliages de province.
«Depuis trois semaines je m'aperçois de ces progrès, et j'ai écrit à différentes reprises au ministre pour presser de tous mes moyens le retour de M. Schimmelpenning. Cependant, lorsque le fameux arrêté désorganisateur a paru, j'étais encore bien loin de le craindre, et en voici les raisons: si je ne les disais pas, vous penseriez que l'ambassadeur n'est qu'un sot, et je ne veux point vous laisser cette idée.
«Le fait est que j'avais meilleure opinion du caractère de Peyman, et que je lui supposais un peu plus d'énergie.
«Je pensais donc qu'il agirait à votre égard comme le sous-secrétaire Boscha avait agi avec moi pour les affaires étrangères.
«Lorsque ce dernier s'est aperçu que son gouvernement entrait en délire, il a pris la résolution de supprimer toutes les paperasses, protestations, arrêtés qui devaient m'être remis. Il s'est borné à les adresser à l'ambassadeur Schimmelpenning, d'abord officiellement, puis avec des lettres confidentielles, qui le prévenaient qu'usage n'en avait point été fait, et que, l'envoi n'étant que pour la forme, M. Schimmelpenning devait seulement en prendre lecture pour juger l'état du pays et la nécessité de son prompt retour.
«Cette conduite de Boscha fait honneur à ses bonnes intentions, surtout dans la position secondaire où il est placé. Je devais penser que Peyman en adopterait une semblable, ou que, en qualité de ministre, il la porterait plus loin et refuserait l'obéissance en offrant sa démission. La seule menace eût empêché une pareille délibération.
«Quel a été mon étonnement lorsque j'ai appris que l'arrêté tenu secret par Boscha devait être expédié le matin par Peyman! J'ai couru chez lui: la sottise était faite. J'ai demandé alors l'arrêté à Boscha, et me suis empressé de l'envoyer à Paris par courrier, en priant le ministre de me transmettre ses ordres; car, en pareille matière, il me semblait que nulle réponse officielle n'était assez forte, et qu'on devait garder le silence ou déclarer au gouvernement qu'il était en hostilité, et qu'ainsi on allait les commencer.
«Ma dépêche, expédiée par un courrier de Boscha, porteur des mêmes nouvelles à M. Schimmelpenning, a dû arriver à Paris le jour où vous me faisiez l'honneur de m'écrire.
«Tels sont, mon cher général, les antécédents dont je voulais vous rendre compte et les causes de ce qui s'est passé.