«Je vous préviens, général, que l'escadre de l'Empereur est partie du Férol le 26 thermidor avec l'escadre espagnole. Si ces escadres combinées arrivent dans la Manche, l'Empereur fait de suite l'expédition d'Angleterre; mais, si, par des circonstances de vents contraires, ou enfin par le peu d'audace de nos amiraux, elles ne peuvent se rendre dans la Manche, l'Empereur et roi ajournera l'expédition à une autre année, parce qu'elle n'est plus possible. Mais je dois vous prévenir que, dans la situation actuelle où s'est placée l'Europe, l'Empereur sera obligé de dissoudre les rassemblements que l'Autriche fait dans le Tyrol avant de faire l'expédition en Angleterre. Dans ce cas, l'intention de Sa Majesté est que, vingt-quatre heures après que vous aurez reçu un nouvel ordre de moi, vous puissiez débarquer, et, sous le prétexte de vous mettre en marche pour prendre vos cantonnements, vous gagniez plusieurs jours de marche sans qu'on sache ce que vous voudrez faire; mais, dans le fait, vous devez gagner Mayence.
«L'intention de l'Empereur est que, par le retour de mon courrier, que vous retiendrez le moins de temps possible, vous me fassiez connaître comment sera composé votre corps; Sa Majesté désire qu'il reste fort de vingt mille hommes; que vous emmeniez avec vous le plus d'attelage qu'il vous sera possible.
«Envoyez-moi également les dispositions que vous comptez faire pour le reste de vos troupes. La saison est trop avancée et l'hiver est trop prochain pour rien craindre des Anglais, et au printemps vous serez de retour avec votre armée en Hollande. Il suffit que les frontières soient gardées.
«Je vous recommande sur tout cela le secret le plus impénétrable; car, si le cas arrive, l'Empereur veut se trouver dans le coeur de l'Allemagne avec trois cent mille hommes sans qu'on s'en doute.»
BERTHIER À MARMONT.
«Boulogne, le 28 août 1805.
«Je vous ai fait connaître, général, par une dépêche datée d'aujourd'hui, que l'intention de Sa Majesté l'Empereur et roi est que vous vous mettiez en marche avec le corps d'armée que vous commandez pour vous rendre à Mayence.
«Faites toutes vos dispositions pour ce mouvement, qui devra s'opérer successivement par division.
«Réunissez de suite vos trois divisions à Alckmaer et faites partir la première sous les ordres du général Boudet, le 15 fructidor.
«Vous ferez partir la seconde, commandée par le général Grouchy, le lendemain.