«Au palais du Divan, à Constantinople,
le 4 février 1807.

«Monsieur le général, Sa Hautesse désire que vous lui envoyiez vingt officiers d'artillerie et quatre officiers du génie pour être employés à fortifier et défendre Constantinople, les Dardanelles, Smyrne, Salonique, le Bosphore et quelques parties de la Grèce. Le danger est pressant et réel. Je présume bien que vous n'avez pas vingt officiers d'artillerie disponibles pour cet envoi, mais des officiers d'état-major et d'infanterie, instruits, rempliront le même but. Le Grand Seigneur espère que vous lui prêterez ce secours, dont il a le plus pressant besoin. Il fait expédier deux Tartares et des ordres à tous les pachas pour faciliter l'arrivée de ces officiers. Il est inutile que je vous entretienne sur l'utilité dont ils pourront être: Votre Excellence le sent comme moi.»

SÉBASTIANI À MARMONT.

«20 février 1807.

«Mon général, neuf vaisseaux anglais ont déjà passé les Dardanelles; le reste de l'escadre suit. Le vent favorisant l'arrivée de la flotte anglaise à Constantinople, je m'attends à la voir paraître dans la nuit. Les Turcs ont résisté tant qu'ils ont pu. Vous sentez, mon général, que ma position est difficile. Je cherche au moins à faire tirer encore quelques coups de canon ici; il faut se défendre jusqu'à extinction de moyens.--Agréez tout mon attachement.

«P. S. Je vous prie de faire passer cette lettre à M. de Talleyrand.»

SÉBASTIANI À MARMONT.

«Constantinople, le 4 mars 1807.

«Mon général, nous avons amusé les Anglais avec des négociations pendant tout le temps qui a été nécessaire pour mettre cette capitale en état de défense; mais, dès que les ouvrages ont été terminés, la Porte a signifié à l'amiral Duckworth qu'elle ne pouvait accéder à aucune de ses demandes, et qu'elle voyait sans crainte ses vaisseaux devant Constantinople. Pendant qu'on travaillait ici, on faisait porter aussi des troupes dans la presqu'île de Gallipoli, et M. Goutaillaux y était envoyé pour élever des batteries capables de rendre leur retour très-dangereux. L'amiral anglais l'a senti, et il a fait voile; j'apprends dans ce moment qu'il a jeté l'ancre à Nagara, mouillage situé dans le détroit des Dardanelles et à une lieue des Châteaux, en remontant vers Constantinople. Leclerc va partir pour s'y rendre: nous allons faire tous nos efforts pour chasser l'escadre anglaise et rendre le passage des Dardanelles insurmontable.

«Le Grand Seigneur a fait à Sa Majesté la demande de cinq cents hommes en grande partie canonniers, destinés à la défense de cette capitale. Si vos instructions vous permettent de les faire partir sur-le-champ, je vous prie de ne pas y apporter le moindre retard. Vous sentez combien leur arrivée consolidera le système de réunion des deux cours, et combien elle donnera de sécurité au gouvernement turc, qui déploiera alors de grands moyens contre les Russes sur le Danube et en Géorgie.