«J'ai chargé le général d'Armagnac, de ce commandement. Il fera occuper les forts du Tage et rendra ainsi disponible la division Foy. Je dois toutefois vous faire observer, monsieur le maréchal, que les forces que commande le général d'Armagnac se réduisent à trois bataillons et à six cents chevaux. Vous pouvez apprécier le genre de résistance qu'il peut opposer à l'ennemi, s'il était attaqué, chose qui n'est pas impossible. Si l'ennemi n'est pas en état d'entreprendre une opération générale avant la récolte, il pourrait profiter de ce temps pour se porter rapidement par Placencia sur Lugar-Nuevo, l'enlever, occuper ce point, s'y fortifier et couper ainsi toute communication avec nos armées. Il pourrait alors se livrer aux opérations de la campagne prochaine avec beaucoup de facilité, soit qu'il se portai au Nord ou au Midi. Vous devez donc donner ordre au général Foy de faire observer constamment la communication de Placencia et de se tenir toujours en mesure de couvrir les forts du Tage, dont vous devez mieux sentir que personne l'importance, à moins que les mouvements de l'ennemi ne soient totalement prononcés et que vous n'ayez plus aucun doute sur leur objet. Je n'ai pas besoin de vous répéter que les blés et biscuits de Ségovie sont destinés à l'approvisionnement des forts du Tage. Je les fais enlever; ainsi vous n'avez pas besoin de vous en occuper.

«J'écris et je fais écrire de nouveau au général Dorsenne pour qu'il exécute les dispositions prescrites par les ordres de l'Empereur dans le cas où vous seriez attaqué. Mettez-vous aussi en communication avec lui sur cet article.»

LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.

«Vitoria, le 13 mai 1812.

«Monsieur le maréchal, le courrier arrive, et j'apprends que M. Grandsigne, colonel, chargé des dépêches de Votre Excellence, a été attaqué entre Celada et Burgos. Son escorte, forte de cent vingt hommes d'infanterie et cinquante hussards, s'est trouvée entourée par toute la bande du curé, au nombre de seize cents hommes; elle s'est vaillamment défendue, M. Grandsigne, laissé pour mort au milieu d'une charge, a été dépouillé en un instant, on l'a transporté à Celada où il a expiré, le 10, lendemain de l'attaque. Tous les paquets dont il était chargé et l'estafette sont perdus; la malle a été sauvée. Nous avons perdu deux officiers, vingt-quatre hussards et deux soldats du 123e régiment tués, et trente-sept chevaux. Le capitaine d'infanterie a si bien manoeuvré et a fait si bonne contenance, qu'il a rallié les hussards et est entré à Celada sans être entamé.

«Il se trouve dans les environs de Burgos plus de dix mille brigands, je n'ai de disponibles que seize cents hommes et quatre cents chevaux, que j'envoie manoeuvrer sur les flancs de la route pour rouvrir les communications et éloigner les bandes.

«Je trouve toutes les troupes dispersées. J'attends le général Vandermaesen et le général Palombini, et j'ignore où ils sont. Je pense cependant que le premier rentrera bientôt.

«J'ai dû retenir le 13 le convoi de fonds et arrêter le régiment de marche, ils auraient été trop compromis.--Le 15, le convoi de fonds est en marche; il arrive dans trois jours. Je le ferai partir lorsqu'il y aura sûreté, et que j'aurai assez de monde pour l'escorter; mais je prie Votre Excellence d'envoyer au-devant d'eux jusqu'à Villa-Rodrigo. J'aurai soin de l'en prévenir.»

LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.

«Vitoria, le 20 mai 1812.