«Le premier convoi a été déchargé à Talavera, non pas pour nourrir la garnison de cette place, mais pour faire revenir plus promptement à Madrid les moyens de transport, afin de faire partir sans délai un second convoi. Je n'ai pas cru qu'il fût absolument impassible de faire porter peu à peu les subsistances de Talavera à Lugar-Nuevo. L'essentiel était d'en envoyer promptement.

«M. le général d'Armagnac et le général Foy ne se sont pas entendus. J'ai donc dû prendre un parti; il fallait donner l'administration à l'un ou à l'autre: il m'a paru plus raisonnable de la confier à celui des deux qui est destiné à rester constamment dans la vallée du Tage et à garder les forts qu'à celui qui, d'un instant à l'autre, pouvait recevoir une nouvelle destination. Vous dites à cela que, si le général d'Armagnac est chargé de l'administration, la division Foy mourra de faim: M. le général d'Armagnac en dit autant du général Foy. Je n'ai dû croire ni l'un ni l'autre, et j'ai dû faire ce qui m'a paru le plus convenable, surtout ayant la ferme volonté d'exiger de M. le général d'Armagnac qu'il remplisse mes intentions à l'égard de la division Foy. Je n'ai jamais pensé que cet arrangement pût faire retirer de la vallée du Tage la division Foy, tant que sa présence y sera nécessaire, comme vous semblez le supposer dans vos lettres.

«Cependant, monsieur le maréchal, si vous pensez que cette disposition peut contrarier vos opérations, je rappellerai le général d'Armagnac à Tolède avec l'infanterie de l'armée du Centre, et nous continuerons à faire garder les forts par vos troupes; cela me convient d'autant plus, que, n'ayant aucun secours à attendre du maréchal Suchet, qui ne peut même faire occuper la province de Cuença, je n'ai pas des troupes pour couvrir Madrid et faire ramasser, à l'époque de la récolte, les grains des provinces environnantes; mais, si vous persistez à croire que la présence des troupes du général d'Armagnac est nécessaire dans la vallée du Tage, ce général restera gouverneur de l'arrondissement de Talavera; faites-moi donc promptement connaître votre opinion.

«M. le maréchal Jourdan vous a prévenu que j'ai donné à M. le général Treillard le commandement de la cavalerie de l'armée du Centre, qui est dans la vallée du Tage. Si vous opérez en Estramadure, ce général sera sous vos ordres; mais, si les circonstances vous rappellent dans le Nord, le général Treillard ne suivra pas votre mouvement; vous avez aussi été prévenu qu'à votre arrivée dans la vallée du Tage le général d'Armagnac doit prendre vos ordres.

«Au surplus, cette lettre est peut-être inutile dans le moment actuel; car, si l'ennemi s'est emparé des forts du pont du Tage, je devrai faire d'autres dispositions; mais j'ai voulu entrer dans tous ces détails pour vous prouver que, bien loin d'avoir voulu entraver vos opérations, j'ai fait pour votre armée plus que je ne pouvais faire.

«Je pense, monsieur le maréchal, qu'au premier avis du général Foy vous aurez fait soutenir sa division par la division Clausel, et que vous vous serez porté vous-même dans la vallée du Tage, à moins que vous n'ayez la certitude que le gros de l'armée est devant vous. Je n'ai point reçu de nouvelles du général Foy depuis ses trois lettres du 19, dont M. le maréchal Jourdan vous a envoyé des copies.»

LE MARÉCHAL MARMONT AU ROI JOSEPH.

«Salamanque, le 24 mai 1812.

«Sire, je reçois la lettre du 17 et du 18 de ce mois; Sire, Votre Majesté avait daigné m'ordonner, il y a six mois, époque à laquelle j'ai quitté la vallée du Tage, de former un grand dépôt de vivres à Lugar-Nuevo. Je n'aurais pas été dans l'obligation d'envoyer des troupes dans la province de Ségovie pour y réunir des vivres, pour les mettre en état de passer dans la vallée du Tage. Ainsi ce qu'il peut y avoir d'irrégulier dans cette disposition est plus que légitimé par l'urgence de nos besoins.

«La conduite du colonel du 50e régiment est condamnable pour avoir demandé des rations plus fortes que celles qui sont déterminées, et je le punirai en conséquence; mais, certes, il ne l'est pas pour avoir employé les moyens de rigueur, attendu que ce sont les seuls qui donnent des résultats, et qu'il serait méprisable et coupable envers l'Empereur et l'armée s'il n'avait pas pris les moyens nécessaires pour réunir promptement les approvisionnements que je lui ai fait donner l'ordre de former; il n'a eu et ne peut avoir, non plus que moi, l'intention de manquer à Votre Majesté, et j'ai donné assez de preuves du respect que je lui porte pour que toute justification à cet égard soit superflue; mais il y a un premier devoir à remplir, c'est celui qui se rattache immédiatement à nos succès et à l'honneur des armes de l'Empereur.