«Monsieur le maréchal, j'avais tout disposé pour faire partir ce matin de l'artillerie et de la cavalerie, et je devais les faire escorter par un régiment d'infanterie jusqu'à Burgos, où, se ralliant à d'autre cavalerie et à de l'artillerie, le convoi serait allé jusqu'à Valladolid; les mouvements de l'ennemi m'en ont empêché. Le port de Castro est pris, et en ce moment Portugalette, qui est à l'entrée de la rivière de Bilbao, est vivement attaqué depuis trois heures du matin. Ce n'est qu'avec la plus grande difficulté que je puis communiquer avec les troupes; je ne puis avoir des nouvelles ni de San Andeo ni de Pampelune. Les postes de l'Èbre sont attaqués; la communication avec la France est interceptées. Ce ne sont plus des bandes, ce sont des corps de trois à quatre mille hommes, organisés en bataillons, qui agissent sous la direction des Anglais. Tout le pays prend les armes: je ne pense pas cependant que cet état de choses puisse durer au delà de quelques jours. J'attends une division qui devrait être arrivée à Logrono, et aussitôt j'espère que les choses changeront de face. Croyez, monsieur le maréchal, que je ne demande pas mieux que de vous seconder; mais, obligé de garder une ligne extrêmement étendue et ayant peu de moyens, je me suis vu forcé de différer les choses les plus pressantes et les plus importantes: et je mets au premier rang celle de vous envoyer du monde.
«J'apprends à l'instant qu'il est arrivé des troupes à Bayonne, et je dois penser que, le 13, il en partira pour Vitoria. Je donne ordre au 1er régiment de hussards, au 31e de chasseurs et à un escadron arrivé depuis peu, de partir avec huit bouches à feu pour se rendre à Valladolid et d'y faire apporter du biscuit. J'ai prié Votre Excellence d'envoyer de l'infanterie pour prendre ce convoi; il l'attendra à Celada, car à peine ai-je en tout et sur tous les points six mille hommes disponibles, que j'aurais envoyés à l'armée de Portugal sans ces événements. Le 15e de chasseurs a quatre bouches à feu, qui sont ici et qui partiront lorsque je pourrai les faire escorter. Je n'ai pas reçu de lettres de Votre Excellence depuis le 2.»
LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.
«Vitoria, le 16 juillet 1812.
«Monsieur le maréchal, aujourd'hui la cavalerie, l'artillerie et le convoi que j'ai eu l'honneur d'annoncer à Votre Excellence par ma lettre du 11 ont dû se mettre en marche sous les ordres du général Chauvet, et je pense qu'ils arriveront le 18 ou le 19 à Valladolid.
«Votre Excellence a envoyé l'ordre à la division Palombini, qui devait se trouver à Aranda, d'aller joindre l'armée à Tordesillas, et c'était l'intention de Sa Majesté Catholique; mais cette division, pour laquelle j'avais envoyé des ordres à Aranda et à Soria, n'a communiqué avec aucune place; elle est allée dans les environs de Soria, sur la frontière d'Aragon, de là sur Tudela, d'où le général Palombini m'a annoncé sa prochaine arrivée à Logrono: sa lettre est du 2. Je lui ai envoyé l'ordre de venir le plus promptement possible; ma lettre est arrivée le 6 à Tudela. Tous les jours on m'a annoncé sa prochaine arrivée. Je lui ai envoyé ordres sur ordres; je n'ai pas reçu de ses nouvelles. Avant-hier je lui ai encore écrit; je le fais encore aujourd'hui. Je ne conçois rien à ses mouvements et à l'ignorance dans laquelle il me laisse de sa situation.
«Le peu de troupes que j'ai envoyées sur les côtes a eu trois affaires avec deux corps de trois à quatre mille hommes qui appuyaient les opérations de l'escadre anglaise. Santonia va sous peu être abandonné à lui-même. Tous les hommes en état de porter les armes sont enlevés; les ennemis nous entourent de tous les côtés, et notre situation, sous tous les rapports, est extrêmement critique.
«Au moment où cette lettre va partir, j'apprends que Mendizabal est arrivé à Orduna, et que cette ville et les environs sont remplis de troupes et que son projet est d'attaquer Vitoria de concert avec les bandes de la Navarre et du Guipuscoa.
«Un voyageur m'apprend qu'il a rencontré la division Palombini à Cerbera, près d'Agreda, le 13 au matin. Je ne puis comprendre les motifs de ces mouvements.»