«Je donne ordre à M. le général comte d'Erlon de se rendre de sa personne à Séville, où il commandera toute ma droite jusqu'à Badajoz, M. le maréchal duc de Bellune ne pouvant, à cause du blocus de Cadix, être chargé de ce soin.
«J'attends que ces mouvements soient un peu avancés pour marcher, avec toutes les troupes dont je puis disposer, au secours du quatrième corps, qui a été repoussé jusqu'à Grenade par l'armée insurgée de Murcie, et pour chasser un corps de cette même armée, qui s'est mis en bataille sur les hauteurs de Santa-Helena, où passe ma ligne d'opérations, la seule communication que j'aie avec la Manche et Madrid.
«Pour le moment, il m'est impossible d'en faire davantage. Je n'ai pris aucun engagement que je ne sois disposé à tenir; Votre Excellence me trouvera toujours invariable. Si elle me connaissait mieux, elle se serait dispensée de me témoigner de la méfiance, et, si elle eût réfléchi sur ma situation, elle eût trouvé raisonnable que je pensasse plutôt au salut de l'armée dont le commandement m'est confié qu'à paralyser des troupes dont le secours m'est indispensable, sur un théâtre où je ne puis paraître que comme auxiliaire, et non comme partie principale. Je ferai mieux aussitôt que cela me sera possible, sans y être provoqué.
«Je suis fort aise que Votre Excellence ait envoyé copie de sa lettre du 6 à Son Altesse Sérénissime le prince major général; elle pourra contribuer à nous faire connaître, à l'un et à l'autre, les intentions de l'Empereur. J'ai aussi écrit à ce sujet.
«Toutefois, si Votre Excellence changeait les dispositions qu'elle m'a annoncées, je la prierais de vouloir bien m'en instruire. Je recevrai cette communication sans méfiance pour l'avenir.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Trianon, le 21 Juillet 1811
«Je vous préviens, monsieur le duc de Raguse, que je donne l'ordre à M. le général comte Dorsenne de faire relever les troupes que vous pouvez encore avoir dans les garnisons de Ciudad-Rodrigo et de Salamanque par des troupes de son armée, et de diriger tout ce qui vous appartient sur Avila et Placencia.
«L'Empereur approuve, monsieur le maréchal, que vous n'ayez pas consenti à former, avec les troupes de votre armée, la garnison de Badajoz. Sa Majesté pense que l'Estramadure doit être défendue par l'Andalousie considérée sous tous les points de vue, et notamment sous celui des vivres. C'est à l'Andalousie à fournir tout ce qui est nécessaire pour approvisionner Badajoz pour un an, s'il est possible; cependant, monsieur le duc, l'intention de l'Empereur est que vous vous teniez le plus à portée possible, pour pouvoir, marcher franchement au secours de Badajoz, s'il y avait lieu.
«L'Empereur pense que peut-être un ouvrage à Merida ou à Medellin serait utile pour être maître du passage de la Guadiana; mais c'est à vous, qui êtes sur les lieux, à en juger.»