Il reconnaît cependant que des forces considérables sont indispensables et qu'on est loin d'en posséder le chiffre: il annonce de puissants renforts; parmi les premiers est une colonne de six mille hommes, et de huit cent cinquante chevaux, conduite par le général Vandermaesen, qui se compose de régiments de marche des corps de l'armée de Portugal; mais cette colonne est retenue partout par l'urgence des besoins, et employée à toutes les corvées: elle ne rejoint l'armée de Portugal qu'à la fin de l'année, réduite de plus de moitié.
On annonce que l'armée du Nord va être renforcée et que, dès le 15 août, elle pourra prendre position sur la Coa et couvrir Rodrigo; et cependant cette armée est dans une telle détresse, ainsi qu'on le voit par les lettres du duc d'Istrie, qu'elle retient non-seulement la colonne du général Vandermaesen, mais encore les hommes de l'armée de Portugal, sortis des hôpitaux, et organisés en corps provisoires qui font le service à l'armée du Nord.
Ce sont des rêves pareils qui fondent les calculs d'une campagne de guerre, des projets d'opérations, la sécurité de l'avenir!
On laisse les agents du roi dans les provinces destinées à faire vivre l'armée de Portugal, et ils font vider les magasins et vendre les approvisionnements qu'ils renferment avant l'arrivée des troupes; c'est ainsi qu'ils pourvoient à leurs besoins. Cependant, de toutes ces dispositions, une seule s'exécute, celle qui concerne la garnison de Rodrigo: cette place ne regarde plus directement l'armée de Portugal, elle appartient à l'armée du Nord; c'est le général de celle-ci qui en reçoit les rapports, qui fournit les troupes, et nomme le commandant; c'est à lui de veiller sur elle, et de pourvoir à sa conservation, sauf le cas d'un siége où l'armée de Portugal doit venir à son aide et lui porter assistance.--Tels sont les préliminaires d'une campagne où les ordres contradictoires vont se succéder et les illusions grandir jusqu'à ce qu'elles deviennent de véritables aberrations.
OBSERVATIONS SUR LA CORRESPONDANCE DE 1811, SUR CELLE DE 1812, ET RÉCIT HISTORIQUE DES CAUSES DU SIÉGE DE RODRIGO, ET DE L'ENLÈVEMENT DE CETTE PLACE.
Les pièces indiquées ci-dessus présentent le tableau de contradictions sans exemple, et d'une confusion dans les projets qui explique suffisamment la cause de tous les malheurs de l'Espagne, et donne le moyen de reconnaître, en outre, la bonne foi qui règne dans la discussion des événements.
La prise de Rodrigo est l'effet immédiat des dispositions impératives ordonnées par l'Empereur.
CORRESPONDANCE DE 1811.
Par la lettre du 20 novembre, le prince de Neufchâtel, major général, m'écrit pour me faire connaître, de la part de l'Empereur, que l'armée anglaise a dix-huit mille hommes malades, et que l'importance de la prise de Valence le décide à me donner l'ordre de détacher six mille hommes à l'armée de Portugal pour concourir aux opérations du général Suchet.