LE GÉNÉRAL DORSENNE AU MARÉCHAL MARMONT.
«Duñas, le 3 février 1812.
«Monsieur le maréchal, Votre Excellence a dû recevoir, par l'estafette de ce jour, l'ordre du prince de Neufchâtel de diriger une division de l'armée de Portugal, forte de six mille baïonnettes et douze pièces de canon, sur Burgos, pour faire partie de celle du Nord. Son Altesse, par une lettre du 23 janvier, me prescrit d'envoyer à l'armée de Portugal les 1er, 2e et 3e régiments de marche aussitôt que cette division sera à ma disposition, ce qui fera un échange de troupes duquel il résultera l'avantage que tous les corps seront réunis.
«Le major général m'enjoint aussi de ne retarder, sous aucun prétexte que ce soit, le départ pour Bayonne de tout ce qui appartient à la garde impériale, infanterie, cavalerie, artillerie, le bataillon de Neufchâtel, le 4e régiment de la Vistule et autres détachements. Pour être à même d'exécuter de suite les dispositions qui me sont ordonnées, je prie instamment Votre Excellence de faire hâter la rentrée à l'armée du Nord du 31e régiment de chasseurs dont j'ai le plus grand besoin, et de me faire connaître le plus tôt possible l'arrivée à Burgos de la division qu'elle doit y envoyer.»
LE MARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL MARMONT.
«Séville, le 7 février 1812.
«Monsieur le maréchal, j'ai reçu au même instant les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire les 4, 19 et 24 janvier dernier. Cette dernière m'a été apportée par M. Dettencourt, officier de votre état-major; elle me confirme la nouvelle de la prise de Rodrigo que les ennemis avaient fait répandre. Il est bien extraordinaire que la garnison qui défendait cette place ne vous ait pas donné le temps de réunir votre armée et d'arriver à son secours. Ce malheureux événement rendra les opérations plus difficiles sur les deux rives du Tage et déterminera sans doute les ennemis à diriger leurs efforts sur Badajoz. Déjà je suis instruit qu'ils font des préparatifs du côté d'Uñas, Campo-Maior et Portalègre, et, indépendamment d'un corps du général Hill, on annonce l'arrivée de deux divisions qui se tenaient ordinairement du côté de Castel-Branco. Heureusement que, depuis l'an dernier, les ouvrages de défense ont été considérablement augmentés à Badajoz, et que les approvisionnements qu'il y a, quoique incomplets, nous donneraient le temps de combiner des opérations pour en éloigner les ennemis si le siége était entrepris.
«J'ai l'honneur de vous faire part que le général Hill, avec tout son corps, avait repris ses positions du côté de Portalègre. Il paraîtrait même, d'après les rapports qui me sont parvenus, qu'il a étendu ses troupes jusqu'à la rive droite du Tage. Les derniers renforts qui ont été débarqués à Lisbonne, lesquels consistent dans une brigade de cavalerie et sept à huit mille hommes d'infanterie, lui sont destinés.
«Je vois avec bien de plaisir que Votre Excellence a donné l'ordre au général Montbrun de se mettre en communication avec l'armée du Midi. Tant que cette communication existera, les ennemis n'oseront rien entreprendre sur Badajoz, puisque, au moindre mouvement, nous pouvons nous réunir et marcher à eux pour les combattre. Je désirerais donc qu'il entrât dans vos dispositions de laisser un corps entre le Tage, la Guadiana, la grande route de Truxillo et lu Sierra de Guadalupe, où il trouverait des subsistances et pourrait communiquer avec les troupes que je tiens dans la Serena, ainsi qu'avec celles que vous avez à la tête de pont d'Almaraz et à Talavera. Ce corps serait assez éloigné pour que l'ennemi ne pût rien entreprendre contre lui; il entrerait dans le système d'opérations des deux armées et couvrirait une grande étendue de pays par où les ennemis font continuellement venir des subsistances. J'ai écrit à M. le comte d'Erlon d'en faire la proposition au général Montbrun, qui peut-être se trouvera à cet effet autorisé par Votre Excellence.
«Je suis d'autant plus persuadé qu'à l'ouverture de la campagne les ennemis feront tout ce qui sera en leur pouvoir pour s'emparer de Badajoz, qu'ils ne peuvent rien entreprendre en Castille tant que cette place nous offrira un appui pour pénétrer en Portugal et nous porter sur leur ligne d'opération. Il est d'ailleurs vraisemblable qu'ils ne tarderont pas à être instruits que, d'après les dispositions de l'Empereur, l'armée du Midi va être affaiblie de plusieurs régiments que je dois envoyer à Burgos. D'après ces considérations, je ne puis qu'insister, monsieur le maréchal, pour que la position de votre aile gauche soit telle, que la communication des deux armées soit parfaitement établie, et que nous puissions, par la réunion de toutes nos forces disponibles, aller combattre les ennemis et assurer un grand succès.