«Paris, le 16 mars 1812.

«L'Empereur m'ordonne de vous faire connaître, monsieur le maréchal, qu'il confie le commandement de toutes ses armées en Espagne à Sa Majesté Catholique, et que M. le maréchal Jourdan remplira les fonctions de chef d'état-major.

«La nécessité de mettre de l'ensemble dans les armées du Midi, de Valence, de Portugal et du Nord a déterminé Sa Majesté Impériale à donner au roi d'Espagne le commandement de ses armées.

«En conséquence, monsieur le duc, vous voudrez bien régler vos mouvements sur les ordres que vous recevrez du roi, vous conformer à tout ce qu'il vous prescrira et correspondre journellement avec lui.»

LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL

«Salamanque, le 27 mars 1812.

«Monseigneur, je reçois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 12 mars. Les instructions qu'elle renferme sont précisément le contraire de celles que contiennent vos lettres des 18 et 21 février, instructions impératives, qui m'ont forcé, contre ma conviction intime, à changer toutes mes dispositions et à me mettre dans l'impossibilité de faire ce que je regardais comme conforme aux intérêts de l'Empereur. Sa Majesté appréciera tout ce que cette opposition a de fâcheux pour son service et d'embarrassant pour moi.

«Dans ses lettres des 18 et 21 février Votre Altesse me dit que Sa Majesté trouve que je me mêle de choses qui ne me regardent pas; qu'il est déplacé à moi d'être inquiet pour Badajoz qui est une place très-forte, soutenue par une armée de quatre-vingt mille hommes; que l'armée anglaise qui voudrait faire le siège de Badajoz, fut-elle forte de quatre et même de cinq divisions, l'armée du Midi serait en mesure de délivrer cette place; elle m'ordonne formellement de renoncer à l'idée devenir au secours de Badajoz; elle ajoute que, si lord Wellington s'y porte, il faut le laisser faire, certain qu'en marchant sur l'Aguada il sera bientôt contraint de revenir; enfin, d'après les lettres des 18 et 21, il est clair que Sa Majesté m'affranchit de toute espèce de responsabilité sur Badajoz, pourvu que je fasse une diversion sur l'Aguada; d'après ces lettres si précises, où les intentions de Sa Majesté sont si fortement exprimées, je me rends à Salamanque, et je rappelle mes divisions du Tage, excepté une seule qui couvre Madrid, jusqu'à ce que l'armée du Centre envoie des troupes pour la remplacer.

«Aujourd'hui Votre Altesse m'écrit que je suis responsable de Badajoz si lord Wellington en fait le siège avec plus de deux divisions; et il semble à la fin de sa lettre que Sa Majesté me laisse le maître de secourir cette place, en portant des troupes sur le Tage. Ainsi, après avoir, par des ordres impératifs, détruit mes premières combinaisons qui avaient préparé et assuré un secours efficace à Badajoz, après m'avoir d'abord enlevé le choix des moyens, on me le rend à l'instant où il ne m'est plus possible d'en faire usage. En effet, lorsque je me disposais à marcher avec quatre divisions au secours de Badajoz, j'avais trois divisions dans la vallée du Tage, cantonnées dans la Manche ou la province de Tolède, placées à six ou sept marches de Badajoz, ce qui leur donnait le moyen d'arriver à l'ennemi encore munies de huit jours de vivres, et de le combattre après avoir fait leur jonction avec l'armée du Midi. Aujourd'hui que ces troupes ont repassé les montagnes, qu'elles ont consommé leurs subsistances de réserve en s'éloignant, qu'il m'a été impossible d'obtenir de Madrid les secours nécessaires pour former un magasin à Almaraz, quoique depuis six mois j'en aie constamment renouvelé la demande, les troupes qui partiraient d'ici auraient consommé toutes les subsistances qu'il serait possible de leur donner avant d'arriver devant Badajoz. L'an passé, je n'aurais jamais osé faire le mouvement que j'exécutais si je n'avais été certain que le blé était mûr dans l'Estramadure, et, effectivement, c'est en faisant la moisson que les soldats vécurent le jour de leur arrivée sur la Guadiana. A l'époque actuelle, et Almaraz ne renfermant pas les approvisionnements nécessaires, ce mouvement ne put se faire qu'en deux fois et avec l'intervalle nécessaire pour donner aux troupes le temps de faire, à portée de Badajoz et dans un pays qui produise quelque chose, une réserve de vivres, et le pays est plus éloigné de ma position actuelle que Badajoz même; c'est pour cela que j'avais laissé des troupes sur le haut Tage. Mon mouvement était faisable dans la position que j'avais prise; il est presque impraticable dans la position où je suis maintenant, vu l'époque de la saison, et le temps rapproché des opérations probables de l'ennemi.

«J'espère que Sa Majesté appréciera la position cruelle dans laquelle ces dispositions contradictoires m'ont placé et qu'elle reconnaîtra que la responsabilité ne peut peser sur un général que lorsque, lui ayant indiqué d'une manière générale le but à atteindre, on lui laisse constamment le choix des moyens.