«La capitulation de Paris étonna, indigna la France. Le peuple ne put comprendre comment Paris, capitale d'un grand empire, centre de toutes les ressources du gouvernement, avec une population de sept cent mille âmes, s'était rendue après une lutte de quelques heures. Les nations ont leur jour d'injustice: le gouvernement de la régente avait été inepte et lâche; l'Empereur imprévoyant et aveugle au delà de toute croyance; l'armée, sous Paris, s'était montrée héroïque; fait inouï! elle venait de tuer à l'ennemi plus de soldats qu'elle ne comptait de combattants; et ce furent les chefs de cette armée qu'on accusa. Les nations ont aussi leurs passions; la défaite, même la plus honorable, leur semble une honte qu'elles ne peuvent accepter; être trahies va mieux à leur orgueil; la capitulation, signée par les aides de camp du duc de Raguse, fut reprochée à ce maréchal comme un acte d'infâme trahison.--Joseph Bonaparte, Clarke, duc de Feltre, le général Hullin, voilà les seuls noms sur qui doit éternellement peser le fatal souvenir de la première capitulation de Paris. Le maréchal Marmont était encore un des plus nobles soldats de notre armée au 30 mars 1814.»

«A. DE VAULABELLE.»

[(Agrandissement)]

[Note du transcripteur: ce tableau contient les renvois [18]et [19] aux notes ci-dessous.]

[Note 18: ] [ (retour) ] Gardes nationaux qui ont disparu au moment du combat. (Note du duc de Raguse.)

[Note 19: ] [ (retour) ] Il est inutile de faire remarquer que ce tableau dressé à la place de Paris, présente un effectif exagéré, comme l'est toujours un effectif formé sur pièces dans les bureaux. En règle générale, il faut toujours retrancher, sur les effectifs de cette espèce, un cinquième au moins, cinquième qui représente les malade, les traînants, les absents, en un mot, pour quelque motif que ce soit. Il suffit d'examiner avec un peu d'attention ce tableau pour voir combien il est loin de représenter le nombre des combattants véritables. Par exemple les 6000 gardes nationaux; (y en avait-ils 6000?) étaient aux barrières. On compte les hommes qui étaient où on ne se battait pas, les hommes employés à la place, etc... (Note de l'Éditeur.)

NOTICE SUR LE GÉNÉRAL KLÉBER [20]

[Note 20: ] [ (retour) ] Le duc de Raguse a rédigé ces trois notices en exprimant l'intention formelle de les joindre à ses Mémoires. Nous devons dire pourquoi nous les insérons ici, au lieu de les rejeter à la fin de l'ouvrage, où est la place ordinaire des morceaux détachés de ce genre. D'abord elles se rapportent, en grande partie, à la portion des Mémoires que l'on vient de lire; mais, ce qui nous a principalement déterminé, c'est qu'ils complètent ce volume. Nous avons préféré ne pas suivre l'usage et conserver, pour le volume prochain, l'histoire complète de la Restauration, histoire très-intéressante, qui forme un tout bien lié, qu'il serait difficile et fâcheux de scinder. C'est donc surtout en vue de l'attrait que cette lecture peut présenter que nous avons agi en cette circonstance. (Note de l'Éditeur.)

J'ai connu les hommes les plus marquants de mon époque: j'ai vécu dans la familiarité d'un grand nombre d'entre eux. Ma vie, longue et agitée, m'a mis en rapport avec presque tous les individus dont les noms passeront à la postérité; et, après Napoléon, aucun homme n'a laissé en moi de plus profonds souvenirs que le général Kléber. Bien jeune encore quand je l'ai connu, peut-être l'ai-je jugé avec cet enthousiasme propre au premier âge; mais déjà cependant j'avais assez vu le monde pour pouvoir comparer, et peut-être aussi la nature m'a-t-elle donné quelque instinct pour apprécier les hommes: je pourrais en assigner la preuve par la manière dont j'ai deviné l'immense carrière du général Bonaparte, et cela, au moment où, général de brigade obscur, il était encore inconnu au monde.