Si la guerre eut éclaté, il est impossible de déterminer les conséquences qui en auraient résulté pour l'Autriche. L'armée était sur le pied de paix, le trésor vide et sans crédit, les membres du gouvernement divisés, l'opinion publique révoltée d'avoir une guerre qu'aucun intérêt autrichien ne réclamait, et cela sans l'avoir prévue et s'être disposé à la soutenir. De tout cela, il serait résulté nécessairement un bouleversement intérieur et des désastres probables pour la monarchie autrichienne. Or, quand une politique peut amener de semblables résultats sans promettre dans le succès d'immenses avantages, elle ne saurait être que l'objet de la plus vive critique.
Je dois ajouter cependant ici que jamais le prince de Metternich ne s'est glorifié du succès obtenu dans cette circonstance. Je l'ai entendu même s'en étonner et dire qu'il était loin de s'y attendre. Alors pourquoi entrer dans une politique et pourquoi concourir à des opérations qui doivent amener des humiliations? Or ni les gouvernements ni les hommes d'État ne doivent être indifférents à Faction qu'exerce le succès sur les esprits et sur l'opinion des peuples, source de toute-puissance dans le monde.
En résultat, le prince de Metternich a eu pour motif réel de plaire au gouvernement de l'Angleterre. Il a fallu qu'il y attachât une bien grande valeur pour l'acheter au prix de semblables dangers. Il a eu pour motif apparent de sauver le Grand Seigneur d'un péril qui était imaginaire, et de rétablir l'empire ottoman sur d'autres bases. Il a échoué complètement à cet égard, car cet empire est aujourd'hui beaucoup plus faible qu'il n'était alors, attendu qu'à l'ordre qui régnait en Syrie a été substitué le désordre, et que le désordre, source de faiblesse, qui ne cessera de s'accroître, amènera la destruction de ce vieil empire, qu'il mine depuis si longtemps.
Du reste, le prince de Metternich avait d'avance déterminé la limite qu'il ne voulait pas dépasser dans sa politique. Quand les affaires de Syrie furent terminées selon les désirs de l'alliance et que l'armée égyptienne eut évacué le pays, lord Palmerston, ivre de ce succès, voulait bouleverser l'Égypte et chasser Méhémet-Ali, afin de mettre un pied dans ce pays pour pouvoir s'en emparer plus tard. Le prince de Metternich, qu'il avait cru pouvoir entraîner, résista aux instances de l'Angleterre. Il s'unit alors loyalement et énergiquement à la France pour conserver intacte la base de l'édifice que Méhémet-Ali avait élevé, et contribua puissamment à assurer le repos de son avenir.
ORDRE DE FORMATION
ET
DE RÉORGANISATION DE L'ARMÉE FRANÇAISE
ARRÊTÉ PAR L'EMPEREUR LE 7 NOVEMBRE 1813 [21].
[Note 21: ] [ (retour) ] Sous ce même titre, nous avions voulu insérer la pièce que l'on va lire page 105 et suivantes de ce volume. Nous avons même exposé à cette place, et en note, pour quels motifs cette pièce était intéressante et digne d'être conservée.--Par une erreur que nous nous expliquons mais qui importe peu au lecteur, à cette même page 105 et suivantes on en a omis la plus grande partie. On a laissé de côté le commencement et la fin.--Nous rétablissons ici et nous reproduisons la pièce dans son intégralité. Nous sommes certain que les lecteurs préfèreront une exactitude complète à une apparente régularité. (Note de l'Éditeur.)
Article permier..
L'armée sera organisée de la manière suivante:
Le onzième corps, commandé par le duc de Tarente, sera composé de la trente et unième et de la trente-cinquième division.
Le sixième corps, commandé par le duc de Raguse, sera composé des vingtième et huitième divisions.