Vérone, le 28 janvier 1814

Gifflinga est revenu aujourd'hui de Naples. Le roi est décidément contre nous, et il sera à Bologne d'ici à quelques jours; je vais donc me préparer à un mouvement sur le Mincio, pour être de là plus à portée de passer le Pô, et donner sur le nez des Napolitains, si l'occasion s'en présente.

Il faut penser sérieusement à ton voyage, quoique je sois certain de pouvoir toujours te prévenir. Rien ne peut t'empêcher de passer par Turin, le col de Tende et Nice pour aller à Marseille; la route de Gênes serait peut-être moins sûre, à cause des Anglais, qui sont toujours le long des côtes.

Tu feras bien de dire à Triaire de faire partir pour Aix ou pour Marseille mes caisses de livres et de cartes topographiques.

Adieu, ma bonne Auguste.
Eugène.

Nº XVIII.--LE PRINCE EUGÈNE À LA PRINCESSE AUGUSTE.

Goito, le 9 février 1814.

Encore une bataille de gagnée, ma bonne et chère Auguste! l'affaire a été chaude et a duré jusqu'à huit heures du soir. En même temps que je passais le Mincio pour attaquer l'ennemi, il passait lui-même sur un autre point. Je l'ai pourtant battu et fait près de deux mille cinq cents prisonniers. Nos troupes se sont bien conduites, surtout l'infanterie. Ma santé est bonne; je suis seulement très-fatigué.
Eugène.

Nº XIX.--LE DUC DE FELTRE, MINISTRE DE LA GUERRE, AU PRINCE EUGÈNE.

Paris, le 9 février 1814.