On l'attaqua avec l'artillerie prussienne que l'on tira de Stettin, de Custrin et de Breslau; on fut obligé de faire la descente du fossé dans les règles, et de faire brèche. On en était là, nous étions pressés par la belle saison, qui devait probablement remettre les armées en campagne, lorsque la garnison demanda, vers la mi-mai, à sortir avec les honneurs de la guerre, pour aller rejoindre son armée.
Tout bien considéré, l'empereur imagina qu'en faisant traîner le siége plus long-temps, il s'exposait à voir la saison trop avancée pour espérer finir la campagne cette même année, au lieu qu'en réunissant à son armée le corps de siége, et en marchant de suite, il était vraisemblable qu'il trouverait encore l'armée russe en cantonnement, où on la croyait hors d'état d'agir, puisqu'elle n'entreprenait rien pour faire lever le siége; alors il y avait lieu d'espérer que le résultat serait décisif et amenerait la paix.
Il ordonna donc qu'on accordât à M. de Kalkreuth les conditions qu'il demandait, et le maréchal Lefebvre, avec son corps d'armée, entra dans la place vers le 14 ou 15 de mai: cette ville fut d'une immense ressource pour nous; on y établit l'administration de l'armée, et on se prépara à commencer les hostilités.
La Perse venait d'envoyer un ambassadeur à l'empereur; il vint de Constantinople joindre notre quartier-général à Finkenstein. L'empereur le mena à Dantzick pour voir le spectacle d'une armée européenne; ce grave Oriental ne concevait pas pourquoi, puisque nous étions ennemis, nous ne faisions pas couper la tête à tous les habitans: il était curieux de tout, la parade l'amusait beaucoup; il demandait comment il pouvait se faire que tous les soldats marchassent ensemble, et il aimait particulièrement la musique militaire. Il demandait si l'empereur voudrait bien lui donner quelques uns des musiciens, comme s'ils avaient été des esclaves.
L'empereur ne resta à Dantzick que le temps nécessaire pour voir la place, et visiter les travaux du siége; il les approuva tous. Il donna audience de congé à l'ambassadeur de Perse, qui retourna chez lui, à Téhéran (en Perse), et l'on envoya comme notre ambassadeur en ce pays le général Gardanne, gouverneur des pages. Il faisait cette campagne comme aide-de-camp de l'empereur, et lui témoigna le désir d'aller en Perse; il emmena avec lui des officiers de toutes armes, et partit. La paix se fit pendant qu'il était encore à Constantinople.
Il y avait à peine sept à huit jours que l'empereur était rentré à Finkenstein, de retour de Dantzick, que le maréchal Ney fut attaqué le 5 juin à Guttstadt, où il avait son quartier-général: comme il était très en avant de la ligne de l'armée, il fut tourné par sa gauche, perdit son parc de munitions, et eut beaucoup de difficultés à revenir se placer derrière la Passarge; il s'y maintint cependant jusqu'à ce que toute l'armée fût rassemblée.
Au moment où les hostilités recommencèrent, l'armée était postée ainsi:
Bernadotte occupait la gauche derrière la Passarge, depuis le Frisch-Haff, ayant sa droite au pont de Spanden, où il avait fait faire une bonne tête de pont; il avait à sa droite le maréchal Soult, dont le quartier était à Mohrungen; ses troupes étaient sur la Passarge, dont il avait fait couper le pont.
L'empereur fut mécontent de la coupure de ce pont; il nous disait: «Voyez, Bernadotte a agi plus militairement, il a gardé son pont, et Soult, qui aurait dû le garder plutôt que Bernadotte, l'a coupé; par là il s'est mis dans l'impossibilité d'aller secourir Ney, que les Russes n'auraient pas attaqué peut-être, s'ils avaient su que Soult avait conservé un pont sur la Passarge, parce que le corps qui a tourné Ney se serait exposé à une destruction totale.»
À la droite de Soult était le maréchal Ney, et à la droite de ce dernier
Davout.