Le roi de Hollande eut une belle occasion de se plaindre de la violence qu'on lui faisait; les torts n'avaient pas l'air d'être de son côté; mais cependant lorsqu'il vit l'empereur tellement prononcé pour obtenir ce qu'il avait fait traiter officiellement par les relations extérieures, il céda, et le maréchal Oudinot, qui était sur la frontière, reçut ordre d'entrer en Hollande, et de prendre possession de la partie cédée.
Après la paix, l'empereur avait fait retourner une grande quantité de troupes vers l'Espagne, et le reste de l'armée était venu prendre des quartiers dans les provinces allemandes dont le sort avait été remis à sa disposition par les traités antérieurs. On s'écria beaucoup contre cette mesure, qu'elle était une preuve que l'empereur cherchait déjà une nouvelle guerre; on était dominé par la calomnieuse méchanceté, qui empêchait de réfléchir que les troupes qui vivaient sur les provinces étrangères, et qui étaient payées avec leur revenu, étaient autant de dégrèvement pour le trésor public, qui aurait été dans l'obligation d'envoyer au dehors des sommes énormes pour leur solde et entretien.
Les mêmes passions répliquaient qu'il n'y avait qu'à faire la paix! Mais ce n'était que pour faire la paix qu'il gardait les provinces étrangères et une aussi forte armée. Il avait dû la proportionner à toutes celles que ses ennemis pouvaient lui opposer; il gardait les provinces allemandes pour les rendre en retour de ce qu'il avait à demander à l'Angleterre, tant pour lui que pour ses alliés.
Il n'avait aucun moyen de reconquérir les possessions françaises et hollandaises d'outre-mer, dont les deux nations ont un égal besoin; mais il avait en sa possession des provinces allemandes et des états entiers à rendre ou à leur indépendance ou à leur ancienne domination, qui étaient tous des alliés de l'Angleterre. Il fallait qu'il parvînt à faire la paix avec elle de cette manière, ou que la guerre fût éternelle.
L'Angleterre augmentait sa puissance dans les quatre parties du monde; l'empereur n'augmentait la sienne qu'en Europe, et il ne retenait que ce qui intéressait l'Angleterre, pour avoir en main de quoi régler ses comptes avec elle. Croit-on, par exemple, que l'empereur eût jamais voulu garder Dantzig, Lubeck, Hambourg, le Hanovre, la Hollande, Erfurth, Fulde, etc, etc., etc.? Il aurait rendu tout cela pour le rétablissement d'un équilibre dans les possessions d'outre-mer entre les différentes puissances maritimes. Il y a même plus: c'est qu'il aurait fini par séparer l'Italie de la France, si l'Espagne avait pu faire sa révolution sans secousse ni guerre. Il n'a gardé l'Italie que pour la préserver de ses anciennes habitudes, et en même temps pour en tirer des moyens de résister à cette suite de coalitions qui se reformaient contre lui aussitôt qu'il les avaient dissipées; s'il n'avait pas eu l'Italie, il aurait succombé à la première entreprise qui eût été bien dirigée. Elle lui donnait des hommes, de l'argent, des magasins, et mettait de l'intervalle et des obstacles entre lui et ses ennemis. S'il avait consenti à être indifférent envers l'Italie, il serait tombé de suite moins qu'au rang de deuxième puissance. L'Italie ne pouvait être neutre; la force des habitudes y reprenant son influence, elle eût été ingrate, et eût bientôt porté tous nos moyens à nos ennemis; et l'empereur n'ayant ni Naples ni l'Espagne, aurait été moins fort que ne l'était la France avant la révolution, surtout lorsque le temps serait revenu où les deux états auraient été gouvernés par des princes administrateurs, et tout à la fois belliqueux qui auraient cherché à affermir leur puissance en l'étendant.
Les princes, qui lui faisaient la guerre sous prétexte que sa puissance troublait la sécurité de tout le monde, ne permettaient pas que l'on s'effrayât de la leur, qui avait pris, pendant notre révolution et avant, une extension au-delà de toutes bornes.
CHAPITRE XX.
Projets d'alliance.—L'empereur penche vers la Russie.—Réponse de l'empereur Alexandre.—Intrigue.—Le chevalier de Florette.—M. de Semonville.—Réponse de la cour de Vienne.—Embarras de l'empereur.—Il consulte son conseil.—Diversité des opinions.
Nous étions à la fin de janvier 1810. Le divorce de l'empereur avait été prononcé dans le mois précédent, et vraisemblablement il avait déjà songé à former une nouvelle union avec une princesse qui, en resserrant les liens d'une alliance utile pour la France, pourrait lui donner un héritier que chacun regardait comme le seul obstacle au retour des dissensions intestines.
Il n'y avait, à cette époque, de princesse en âge d'être mariée, dans les familles qui régnaient sur de grands états, qu'en Russie; et en Autriche S.A.I. madame l'archiduchesse Marie-Louise et une de ses soeurs, plus âgées toutes deux que la princesse de Russie.