Il eût sans doute mieux aimé lui voir prendre le courage de supporter le fardeau de ce gouvernement, mais il n'avait rien pu sur ses déterminations; il ne dut donc penser qu'à prévenir les effets fâcheux qu'elle pouvait avoir pour la France, avant même d'envisager les intérêts des Hollandais. D'autres considérations, ajoutées à celle-là, lui firent prendre le parti de réunir définitivement la Hollande, plutôt parce qu'il ne savait qu'en faire que dans le but d'augmenter sa puissance. Lorsqu'il décréta cette réunion, le corps-législatif n'était pas assemblé: il ne pouvait donc le consulter.
L'on s'est beaucoup récrié en Europe sur cette occupation définitive de la Hollande, qui faisait disparaître du nombre des puissances un pays à l'existence duquel presque toutes les nations de l'Europe étaient intéressées. Toutes y avaient des relations, et la plupart en avaient fait leur maison de banque. Aussi toutes prirent-elles part au sort qu'on lui imposait, et commencèrent-elles alors à s'échanger leurs sentimens sur cet acte politique, qui ne plut à aucune. On n'entra point dans les raisons qui avaient déterminé l'empereur, on trouva meilleures celles que l'on avait de lui résister; et si, dès ce moment, il n'y eut pas encore entre elles de communications à ce sujet, il y eut au moins une conformité d'opinion. Cet acte politique de l'empereur devint le signal d'une nouvelle croisade contre lui, et on ne tarda pas à s'apercevoir que tous les princes disposés à se coaliser ne cherchaient plus qu'une main dans laquelle ils remettraient le sceptre de leur ligue. Je reviendrai sur ce point lorsque j'aurai parlé d'autres détails qui doivent avoir ici leur place.
CHAPITRE XXVII.
Changement dans l'administration hollandaise.—Effet que produit en France la réunion de la Hollande.—Mort du prince d'Augustembourg.—La couronne de Suède est offerte à Bernadotte.—État dans lequel je trouve le ministère de la police.—Papiers de la famille d'Orléans.—L'empereur les lit.—Ses paroles à ce sujet.
En réunissant la Hollande, on prit toutes les mesures qui parurent devoir rendre cette opération le moins désagréable possible aux Hollandais. L'empereur recommanda que l'on y envoyât comme préfets ce que l'administration française offrait de plus probe et de plus recommandable. Il en fut de même dans toutes les autres branches de l'administration; il n'y eut que les maires et quelques employés des finances qui restèrent à leur poste.
Les autres employés hollandais vinrent en France occuper les places des Français qui avaient été envoyés pour les remplacer. On ne négligeait rien de ce qui semblait devoir amener une fusion parfaite et étouffer les germes de dissensions intestines; on n'y parvint pas, parce que les intérêts commerciaux du pays rendaient les Hollandais sourds à toute espèce d'arrangemens qui ne leur laissaient pas entrevoir le retour de leur navigation, à laquelle ils devenaient chaque jour plus étrangers. On espéra tout du temps; mais une suite d'événemens malheureux fit bientôt perdre cette espérance.
La réunion de la Hollande ne plut pas en France, autant parce que l'on entrevoyait que cela rallumerait la guerre, que parce que l'on ne comprenait pas une extension de puissance qui dépassait les bornes des intelligences même peu ordinaires. Il y eut beaucoup de censeurs dont le caractère indépendant de toute crainte fit écouter des réflexions très-justes sur cet accroissement de territoire.
On voulait toujours s'obstiner à croire que l'empereur réunissait définitivement tout ce qui lui convenait, tandis que le terme de ces réunions était soumis à l'époque où ses parties adverses rendraient elles-mêmes ce qu'elles avaient réuni à leur domination, en vertu de titres qui ne valaient pas mieux que ceux qu'il se donnait. En même temps que les censeurs critiquaient, il y avait des courtisans qui louaient, et il était devenu à la mode de rechercher jusqu'où s'était étendu l'empire romain dans sa plus grande splendeur, comme si, à moins d'être déshonorée, la France eût dû reculer les bornes de son territoire jusque-là. Ce n'était le langage ni des uns ni des autres qui influençait les décisions de l'empereur, dont les opérations avaient un but dont il n'entretenait peut-être pas ceux qui auraient pu le servir; et pendant ce temps-là elles étaient dénaturées par de vaniteux courtisans dont l'astucieuse malveillance ne tardait pas à s'en emparer.
C'est à cette même époque que mourut d'une mort singulière le prince d'Augustembourg, qui avait été élu par la diète de Suède prince héréditaire de ce pays, dont le roi, fort âgé, n'avait point d'enfans.
Cet événement mit les Suédois dans l'obligation de procéder à une nouvelle élection; ils témoignèrent des dispositions à faire un choix qui les rapprochât de la France. On ne les repoussa point: ils connaissaient de réputation le maréchal Bernadotte, ils avaient été en communication avec lui pendant la guerre de 1809, et en avaient été bien traités. Ils penchèrent pour lui entre tous les choix qu'ils auraient pu faire. L'empereur n'en fut pas fâché: il n'était pas fort content du maréchal Bernadotte; mais il avait une vieille amitié pour tout ce qui avait servi en Italie, en sorte que non seulement il ne contraria pas le choix de la diète, qui était une sorte d'hommage rendu à l'armée française dans les rangs de laquelle elle venait choisir un roi, mais même il l'agréa, et donna au maréchal Bernadotte tout ce qui lui était nécessaire pour arriver en Suède d'une manière convenable au rang qu'il allait occuper. Il lui donna un million de son propre argent.