Il me disait: «Je conçois bien que vous ayez été arrêté par cinquante hommes: il eût été à désirer pour vous que vous eussiez pu vous défendre. Au reste, je suis moi-même à la merci du chef de bataillon qui est de garde à ma porte, mais je ne comprends pas que vous n'ayez pas su que Mallet et le colonel de la cohorte se voyaient depuis longtemps, ainsi que Lahorie.»
Il était dans toutes ces idées que lui avait données la police militaire; je lui en montrai l'inexactitude en lui faisant les observations que j'ai rapportées plus haut.
Il ne voulait d'abord pas y croire, et me répétait: «Comment, avec de l'esprit, pouvez-vous me faire un conte comme celui-là?» J'insistai, et commençai à le persuader, lorsque je lui appris que le colonel de la 10e cohorte n'était que depuis peu de jours à Paris, qu'il revenait de Barcelone, où il s'était distingué, ce qui lui avait valu d'être appelé au commandement de cette cohorte, et que non seulement il n'avait pas donné de cartouches à ses soldats, mais qu'il ne leur avait pas fait mettre de pierres à feu à leurs fusils; ce qu'il n'aurait pas omis de faire, s'il avait eu part au complot. La police militaire n'avait pas mis cela dans son rapport.
L'empereur était toujours dans l'opinion que le général Lamotte avait eu part à l'entreprise de Mallet; il me désapprouvait de n'avoir pas été de l'opinion du ministre de la guerre, qui l'avait fait arrêter, et le tenait encore en prison. Je répondis à cette observation ce que j'ai dit quelques pages plus haut. L'empereur ne voulut pas admettre cette opinion sans en avoir parlé en conseil, et me dit: «Si cela est ainsi, ce sera vous qui aurez vu juste sur cette affaire.»
Le ministre de la guerre ne lui avait pas parlé de l'adjudant-général Doucet, qui avait marchandé Mallet, au lieu de courir au secours du général Hullin: au contraire il le créa général de brigade; ce qui fit dire que Doucet ne pouvait manquer de le devenir, puisque Mallet de son côté, l'avait déjà nommé.
L'empereur ne me parla jamais avec plus de bonté; il regrettait seulement que je n'eusse pu me défendre; il me disait: Cela est fâcheux; mais il n'y a pas de votre faute.
Il me demanda aussi pourquoi l'on arrivait jusqu'à moi sans trouver vingt gardes dans mes antichambres. S'il y avait eu seulement, me disait-il, un coup de fusil de lâché, toute cette troupe se serait retirée. Il avait raison; mais il fallait d'abord avoir les bras libres, «et c'est bien, lui dis-je, parce que Lahorie me connaissait d'humeur à ne pas me laisser saisir, qu'il avait pris cette précaution.
«Ensuite, lui observai-je, il y a toujours huit ou dix hommes chez moi la nuit uniquement comme guet; mais au jour, ils s'en vont; et lorsque les trois compagnies de la cohorte arrivèrent, ils venaient de sortir.»
Il ne revenait pas de ce que la garde de ma porte eût vu mettre en pièces mon cabinet, m'eût laissé enlever sans faire la moindre résistance.
Je voyais son opinion se redresser sur tout cela; il me congédia en me disant de lui envoyer le soir même M. Réal avec lequel il était bien aise de causer.