On a prétendu depuis que Maubreuil n'avait d'autre mission que de s'emparer des diamans de la couronne, et de saisir des trésors avec lesquels l'empereur eût pu se créer un parti. Je sais qu'on s'est servi de ce prétexte pour arracher aux chefs des troupes ennemies les ordres destinés à faire prêter main-forte[24] à la bande qu'on avait mise sur les traces de l'empereur, mais il n'en est pas moins dérisoire, car on ne pouvait faire courir, le 17, après des valeurs qu'on avait depuis le 9. On a dit encore que le gouvernement provisoire n'existait plus lors de la mission de Maubreuil, mais le fait n'est pas plus exact, car les ordres qui devaient assurer l'exécution du complot sont revêtus de la signature de Bourienne[25], de Dupont-Baylen[26], d'Anglès[27], tous ministres de la commission que présidait Talleyrand.
Au reste, les détails qui suivent fixeront l'idée qu'on doit se faire du but que se proposaient Maubreuil et ses commettans. Je les extrais d'une information judiciaire dont l'exactitude n'a pas été contestée[28].
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«La mission de Maubreuil et de ses complices avait deux objets, l'attentat aux jours de l'empereur, et l'enlèvement des effets appartenant à Sa Majesté et à tous les membres de sa famille.
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«Maubreuil connaissait depuis long-temps Roux-Laborie, intrigant, qui profita de la catastrophe du 31 mars et de la faveur du prince de Bénévent pour se faire nommer secrétaire-général, adjoint du gouvernement provisoire.
«Ce fut à Roux-Laborie que Maubreuil, après avoir éprouvé les refus de
M. de Sémallé, adressa directement ses sollicitations.
«Il est constant que, depuis trois mois, il allait le voir tous les jours, tant pour des opérations de commerce qu'ils méditaient ensemble que pour les affaires politiques, dont Roux-Laborie était parfaitement instruit et Maubreuil extrêmement avide, en distribuant des proclamations et de belles paroles. Il rentra chez lui à sept heures du soir, et trouva cinq à six billets de Roux-Laborie, conçus à peu près en ces termes: Venez donc. Pourquoi ne venez-vous pas? Comment est-il possible de se faire attendre ainsi? Vous me désespérez, en vérité! Je vous attends d'heure en heure chez le prince.
«Maubreuil monte en voiture, et se rend à l'hôtel du prince en toute hâte. Laborie le fait entrer dans le cabinet du prince, et lui dit: Avez-vous mangé?—Non, répond Maubreuil, je n'ai pas mangé depuis ce matin; j'ai couru toute la journée.—Eh bien! allez prendre un bouillon: j'ai donné ma parole d'honneur de ne vous rien dire sans cela.—Laissons là ce bouillon, et dites ce que vous voulez de moi.—Non, j'ai donné ma parole: partez, allez prendre ce bouillon, et dans une heure, une heure cinq minutes, une heure dix au plus tard, soyez ici. Songez que j'attends de vous un grand dévouement: j'en ai répondu au prince, et j'ose croire ne m'être pas trompé.—Vous savez, mon cher Laborie, que le but unique de toutes mes actions et de toutes mes peines est de reprendre la place que j'étais fait pour occuper dans le monde avant la révolution. Né fils unique avec une grande fortune, je ne vois pas sans douleur mon nom et mon existence, pour ainsi dire, anéantis. Faites tout pour qu'au péril de ma vie, dix fois s'il le faut, j'atteigne le but que je me suis toujours proposé.
«—C'est très bien; mais partez sur-le-champ. Revenez dans une heure, une heure dix. Je ne vous écoute plus; il faut que je vous quitte. Partez, partez.