Je pourrais en citer beaucoup du même genre, qui prouvent que l'esprit de madame Necker était de cette nature plaisante qui montre qu'on est heureux de la joie d'autrui.

Une grande affaire, je ne sais plus sur quel sujet, se présenta avant que M. Necker se retirât la première fois du ministère. Attaqué de toutes parts, le directeur-général voulut, pour pouvoir résister, puisque le Roi voulait le garder, être ministre et entrer au conseil; c'était le seul moyen d'avoir de la force; M. de Maurepas, qui vit le Roi au moment de céder, éleva tout de suite un obstacle, celui de la religion. M. Necker était protestant; on lui proposa d'abjurer; il refusa. Lorsque madame Necker l'apprit, elle accourut à lui, et, se jetant dans ses bras, elle y pleura et répandit de douces larmes de joie.

«Je serai doublement heureuse maintenant en priant Dieu, lui dit-elle, car je lui offrirai, avec le mien, un noble cœur pénétré de sa divine bonté!...»

Ce fut dans ce moment difficile que M. Necker, dont le caractère était sévère et rude à manier, fit dans la maison de la Reine et celle du Roi les réformes les plus fortes[28]. M. le prince de Condé[29] fut atteint lui-même par la main réformatrice. Les plaintes les plus graves arrivaient à M. de Maurepas, qui répondait plaisamment: «Que voulez-vous? ce Genevois est un faiseur d'or; il a trouvé la pierre philosophale.»

M. Necker, en effet, venait d'ouvrir l'administration provinciale de Montauban, et l'emprunt se faisait.

«Ainsi donc, disait Sénac de Meilhan à M. de Maurepas, un emprunt est la récompense d'une destruction, car cet homme détruit.

—Sans doute; il nous donne des millions en échange de la suppression de quelques charges.

—Et s'il vous demandait la permission de couper la tête des intendants? (M. de Meilhan était intendant de Valenciennes.)

—Eh! eh! nous le lui permettrions peut-être... mais je vous l'ai dit, trouvez-nous comme lui la pierre philosophale, et vous serez ministre le même jour...»

Enfin, Monsieur et le comte d'Artois se mirent contre M. Necker!!... la lutte devait être un triomphe pour les princes: mais la défense du ministre fut noble et digne. Accusé d'aller à la gloire, comme Érostrate, en brûlant la monarchie, M. Necker ne répondit à ces attaques de l'envie impuissante que par le silence; mais dans le mémoire fait par ordre de M. le comte d'Artois, un passage trouva M. Necker vulnérable, et la blessure alla au cœur... ce passage concernait madame Necker!... On lui reprochait d'avoir été maîtresse d'école dans un village de Suisse; il y avait de la méchanceté à cette action, qui n'avait pour but que de nuire. Peu après venait le parallèle de Law et de M. Necker.