—J'assistais à une lecture à laquelle très-peu de monde était invité. Monsieur le marquis de Montesquiou nous a lu un drame de sa composition qui, je l'avoue, m'a fait la plus profonde impression, intitulé les Joueurs... Le but en est fort moral, et tous les événements marchent avec une chaleur d'action remarquable.
—Je connais cet ouvrage, dit M. de La Harpe... Nous l'avons joué cet été à Maupertuis[80].
Comment ne nous en avez-vous pas parlé, M. de La Harpe?
MADAME DE STAËL.
Oui, vous savez que nous désirons connaître tout ce qui paraît dans toutes les branches de la littérature, et un ouvrage de M. de Montesquiou!... C'est un double intérêt... Est-ce bien?
M. DE LA HARPE.
Je m'avoue coupable; car l'ouvrage vaut bien la peine d'une analyse et d'un éloge... Mais une fois dans ce salon, on est si agréablement détourné de la route qu'on s'est tracée en y venant, que je suis pardonnable.
MADAME NECKER, en souriant.
Et vous serez pardonné, si vous nous en dites votre avis: car c'est particulièrement à votre avis que nous tenons, vous le savez?