MADAME NECKER, en souriant.
Voilà mon champion!... Il met flamberge au vent pour combattre les brigands de cœur...
MADAME DE STAËL, souriant aussi.
Fais-je donc si mal?... Cette histoire de M. Abauzit, que je trouve admirable par le rôle qu'il y joue, m'a toujours révoltée, en songeant à celui de ses prétendus amis qui disent aimer un homme, et qui travaillent à l'envi à détruire en lui une qualité que peut-être il a acquise au prix de souffrances inconnues, de peines ignorées!... Non, je suis fort sévère pour de pareilles choses. Ai-je donc tort, mon père?
M. NECKER, touché de cette demande.
Non, mon enfant! il y a une équité de cœur dans votre indignation qui trouve en moi une entière approbation. (Et l'attirant à lui, il l'embrassa et la retint longtemps sur son cœur.)
MADAME NECKER.
Vous avez raison tous deux... La question, présentée sous cet aspect, la place en effet comme un acte d'égoïsme complet de la part des amis de M. Abauzit. Mais lui, il n'en est pas moins un véritable sage.
MADAME DE STAËL, entourant sa mère d'un de ses bras tandis qu'elle passe près d'elle, et l'embrassant d'un air caressant.
Et vous en faites un saint, ma mère, par votre ravissante manière de conter...