—Oh! en effet, elle est absurde!...
Madame de Souza fut embarrassée; M. de Ségur la regardait avec une sévérité dont lui-même s'amusait fort, et qui paraissait à madame de Souza la trompette du jugement dernier: car elle le redoutait et ne l'avait aimé que par crainte.
—Oui, madame, vous êtes très-coquette... et plus que cela!... vous êtes infidèle!
Madame de Souza joignit les mains... le vicomte fut généreux...
—Allons, je vous pardonne! je suis bon... et de plus je suis votre ami: c'est ce qui me fait venir auprès de vous. Vous aimez le comte Étienne?...
La comtesse de Souza rougit jusqu'aux yeux!...
—Hé bien! c'est à merveille! Qu'avez-vous donc? n'allez-vous pas me croire jaloux? Oh! je ne fais plus de ces folies-là, moi!... Je laisse les fureurs d'Orosmane à des jeunes gens... à M. le duc de Lauzun par exemple!... à M. le comte d'Artois, qui, à ce qu'on dit, est jaloux comme un Africain Berbère.... mais moi, non; ainsi revenons à notre affaire. Vous aimez le comte Étienne... eh bien! si vous voulez le conserver il faut l'empêcher de conserver cette ancienne passion...la marquise de B....n!
Madame de Souza tenait ses yeux baissés et roulait les deux bouts de sa ceinture dans ses doigts et ne disait mot. Mais elle releva les yeux lorsque le vicomte eut fini pour trouver une parole et ne trouva pas un mot... Ce n'était pas son fort d'abord, et puis le vicomte l'avait effrayée sur le sort de ses amours...
—Si vous voulez le conserver, tâchez de le brouiller avec elle, pour que tout rapport soit enfin rompu... Tâchez, par exemple, d'avoir son portrait, son anneau et ses lettres.
Une femme a toujours de l'esprit pour ses affaires de cœur. On a dit depuis longtemps que l'amour en donnait aux plus bêtes, et c'est vrai.