Le vicomte de Custine n'est peut-être pas aussi coupable que madame de Genlis le représente. Qui sait ce que cet homme a souffert? Qui sait les douleurs inconnues qui ont brisé son âme? Cette funeste passion ne fut pas partagée: la vertu sans tache de madame de Custine répond de son innocence. Il y a des secrets dans le cœur, il y a des secrets dans l'amour surtout qu'on ne peut pénétrer; tout ce qui est passion ne se révèle qu'à ceux qui sont initiés à ses mystères. Sans doute le vicomte de Custine, au premier coup d'œil jeté sur cet amour incestueux, est un homme affreux et coupable. Mais qui peut connaître, apprécier tout ce qu'il a souffert peut-être? L'esprit se confond devant les mystères du cœur. Taisons-nous et plaignons ceux qui aiment comme le vicomte de Custine. La pitié est un sentiment qu'on peut leur accorder avec certitude de n'avoir aucun tort.
[114]: Madame la comtesse de Custine a laissé, comme je l'ai déjà dit, deux enfants, une fille et un fils. Le fils mourut sur le même échafaud que son père. Sa fille est madame la marquise de Dreux-Brézé, dont les vertus rappellent sa mère, et dont le fils, M. Scipion de Brézé, est l'un de nos plus habiles orateurs à la Chambre des Pairs: sa noble et courageuse conduite serait un titre de plus dans Une autre famille; dans la sienne, c'est tout simple... Son jeune frère, Pierre de Brézé, qui se fit prêtre à vingt ans, est l'un des plus honorables que compte le clergé français: il a, comme son frère Scipion, le talent de la parole; mais la sienne annonce seulement la loi de Dieu.
[115]: Le prince Démétrius, l'aîné de mes oncles, avait été accueilli par le duc de Parme comme un allié, un prince fugitif...; mon oncle y fut traité comme il avait été, au reste, en Piémont, qu'il ne quitta qu'à l'invasion des Français!...
[116]: C'était un saint homme que mon oncle l'abbé de Comnène!... il édifiait ma maison par sa vénérable conduite. Ferme et constant dans ses opinions, dévoué aux Bourbons dont l'état lui imposait la loi de fidélité, jamais il n'y manqua pendant quinze années qu'il fut auprès de moi. Certes, s'il l'eût voulu, il eût été non-seulement évêque, mais archevêque, et, à l'époque du concordat de 1803, peut-être aurait-il eu le chapeau, si Junot avait sollicité pour notre oncle... Mais, parfaitement bon pour tout le reste, il devenait intraitable tout aussitôt qu'il était question de religion. J'ai su depuis que mon oncle appartenait à ce qu'on nommait alors la petite église (on appelait ainsi les ecclésiastiques qui n'avaient pas reconnu le concordat de 1802). Mon oncle était d'une austère piété, mais seulement sévère pour lui seul.
[117]: Souvenirs en revenant de Gavarnie, à la grotte de Gèdres. Il dit ce mot en respirant l'odeur d'une violette.
[118]: Je puis dire que j'ai souvent éprouvé les mêmes sensations, soit en Suisse, soit en Italie, et même en Espagne. Un beau pays, une scène de la nature comme la Suisse en déroule quelquefois dans les solitudes sauvages du Splugen ou la ravissante vallée de Misogno... Les Pyrénées aussi!... et même je puis dire qu'elles me frappent davantage et plus immédiatement que les Alpes, dans le jeu de leurs décorations naturelles!...
[119]: Mademoiselle de Polastron.
[120]: Madame de Montrond.
[121]: En parlant de la société de Bièvre, je ne parle pas du salon de madame de Montesson à Paris. Cependant comme je la représente dans son atelier, et que je ne puis, en raison de la place, parler d'elle dans toutes ses positions, je parlerai de plusieurs personnes qui venaient en passant à Bièvre.
[122]: Je n'ai connu que madame Panckoucke, qui pût rivaliser avec madame de Montesson pour le coloris et l'art avec lequel il faut grouper les fleurs pour qu'elles aient de l'air entre leurs rameaux et leurs couronnes.