La chaleur accablante qu'il faisait et le temps orageux l'eurent bientôt endormi profondément, et il était enseveli dans son premier sommeil, lorsqu'un son plaintif le réveilla en sursaut. Ce bruit est près de lui... il est contre son oreille!... il se lève sur son séant... et croit continuer un rêve interrompu. Les quatre parties de rideaux sont relevées autour des colonnes; contre chacune d'elles est appuyée une panoplie complète[35], c'est-à-dire un chevalier revêtu de son armure, mais immobile, silencieux, et sans aucune apparence de vie!...

Le jeune homme les regarde d'abord avec surprise, puis avec une sorte de trouble.

—Que me voulez-vous? leur dit-il... je vous reconnais, vous êtes ici pour m'effrayer, mais je vous préviens que je N'AI PAS PEUR... Vous connaissez nos conventions; ainsi donc laissez-moi, et qu'il n'en soit plus question...

En parlant ainsi il se recouche et ferme les yeux, mais les figures sont toujours immobiles et silencieuses; elles gardent la même attitude, tandis que le tonnerre grondait avec éclats au-dessus du pavillon dont il ébranlait les vieux fondements...

Impatienté de cette obstination, il se relève, et, s'adressant à l'une des quatre figures:

—Que voulez-vous de moi? leur dit-il... Je vous ai déjà dit que vous ne m'effrayiez pas. Vous connaissez nos conditions... tenez-les donc, et observez votre parole comme j'observe la mienne.

Toujours le même silence... Il y avait dans cette immobilité une sorte de terreur sinistre, qui finit par agir sur le jeune homme.

—Éloignez-vous, leur dit-il!...

Et de grosses gouttes de sueur ruisselaient sur son front... ses dents claquaient l'une contre l'autre.

—Éloignez-vous, leur répéta-t-il... éloignez-vous!... j'ai peur!...