Un moment de silence suivit... tous les yeux étaient attachés sur madame de Genlis, qui, sans être embarrassée de son maintien, continuait son filet sous l'artillerie des regards jetés sur elle... Cependant, si elle avait levé la tête, elle eût été embarrassée en voyant les yeux du duc de Chartres qui lui donnaient un démenti formel. Quant à madame de Blot, elle haussa les épaules et dit avec un accent moqueur:

—Cela est en vérité bien surprenant, et vous avez là, madame, une prétention bien ridicule.

MADAME DE GENLIS très-piquée.

Non, madame, non, je n'ai pas de prétentions... j'en vois autour de moi trop d'absurdes pour me donner à moi-même ce ridicule... Je n'ai pas lu la Nouvelle Héloïse, parce que j'en ai assez entendu dire pour savoir que la Nouvelle Héloïse n'est pas un livre pour mon âge... Lorsque j'aurai le vôtre, madame, je lirai les ouvrages de J.-J. Rousseau, parce qu'ils contiennent, dit-on, de fort bonnes choses... et qu'alors j'en pourrai parler sans blesser la bienséance.

MADAME DE BLOT.

Je ne vous savais, madame, ni dévote, ni prude, ni rigoriste...

MADAME DE GENLIS.

Je me trouve, madame, assez honorée du titre de dévote pour n'en pas chercher d'autres, et surtout celui de prude... Au surplus, quel que soit mon rigorisme, il ne me portera jamais à soutenir des thèses extravagantes.

LE DUC DE CHARTRES bas au baron de Besenval.

En vérité, madame de Genlis me confond! comment peut-elle être aussi ferme dans sa défense vis-à-vis madame de Blot, dont l'attaque est presque grossière contre son ordinaire, car elle est toujours de si bon goût...?