—La bonté de Madame, dit le chevalier de Jaucourt, l'a entraînée trop loin, et je m'aperçois qu'il règne ici une sorte de tristesse... Il n'en est pas de même dans le salon de madame de Livry, d'où je sors en ce moment: c'est comme le camp d'Agramant.

MADAME DE BLOT.

Qu'y a-t-il donc?

M. DE JAUCOURT.

Oh! rien de nouveau, quant à ce qui concerne madame de Livry; cependant il y a eu ce soir redoublement dans la manifestation de son humeur folle, elle avait beaucoup de monde... Je ne sais comment le marquis de Hautefeuille et elle se prirent de querelle sur un sujet quelconque... Vous savez que madame de Livry n'est pas difficile sur le sujet d'une dispute, elle est fort coulante là-dessus... M. de Hautefeuille, de son côté, était bien disposé apparemment, et tout aussitôt que la balle lui fut lancée il la releva et servit madame de Livry comme elle le voulait, c'est-à-dire que la querelle fut engagée... Elle s'anima si bien et madame de Livry le prit sur un tel diapason, que M. de Hautefeuille se réfugia à l'autre bout du salon.—Monsieur, lui cria madame de Livry, vous êtes absurde.—Madame, répliqua M. de Hautefeuille, à tout seigneur tout honneur... vous passez avant moi... L'affaire s'engageait bien assez sans ce dernier mot; mais à peine fut-il prononcé que madame de Livry leva le pied, et lança de toute sa force une de ses petites mules à la tête du marquis de Hautefeuille... Dire les rires et les cris de joie de tout ce qui était dans le salon de madame de Livry ne se peut décrire... M. de Hautefeuille, désarmé par cette gracieuseté, rapporta à son antagoniste la mule de Cendrillon; car en vérité je n'ai vu de ma vie un plus joli, un plus petit pied, et la dispute fut terminée...

MADAME DE POLIGNAC.

Quelle charmante petite folle que madame de Livry!

MADAME DE BLOT.

En vérité! La trouvez-vous charmante? Moi je trouve qu'elle est fort peu mesurée, et voilà tout: le monde devrait lui demander compte de son peu de respect pour lui.

MADAME DE GENLIS.