[33]: C'était le nom de l'enfant de mademoiselle Lange.

[34]: Mademoiselle de Champigny. Elle était une riche héritière, et charmante.

[35]: Je ne sais si c'est de mademoiselle de Champigny que parle madame de Genlis dans ses Mémoires, ou de la première femme du marquis.

[36]: En effet, les réflexions de M. de Balincourt pouvaient être pénibles! il avait fallu le bouleversement total de toutes choses chez nous, pour voir violer les tombeaux et se rire de la mort! En remontant aux temps les plus reculés, nous trouvons toujours le même respect, et peut-être encore plus profond, pour les morts... Apollonius, dans son 21e livre, dit: «Ils se tinrent trois jours autour du mort, pleurant et jeûnant; le peuple pleura avec le roi, et, le dernier jour, on mit sur le tombeau un signe qui devait être vu des générations futures...» Tite-Live, Homère, Virgile, tous les auteurs anciens enfin, nous révèlent par leurs ouvrages tout le respect qu'ils portaient aux morts, qu'ils considéraient comme des démons, des génies familiers... On peut voir dans Tite-Live quel respect les anciens Romains avaient pour leurs morts. Les Égyptiens portaient cette religion de la mort au delà de toute autre. Les momies[36-A] sont connues populairement, et que de soins, de frais, pour les embaumer! Le cinnamome, la myrrhe, la cassie, le nard, tout ce qu'il y avait de plus précieux en parfums... les bandelettes les plus riches, étaient prodigués pour l'inhumation des morts, et pourtant il y avait une égalité dans ce moment qu'on n'aurait pas soupçonnée à cette époque, l'égalité de la mort! le dernier sujet pouvait accuser un roi devant les quarante juges qui siégeaient au bord du lac Achérusie... ils étaient là pour prononcer sur les bonnes ou mauvaises actions du mort... C'est une belle et grande leçon que reçoit le cadavre avant d'aller dormir dans cette solitude vaste et silencieuse, ces merveilleuses pyramides construites pour un seul homme par plusieurs milliers d'autres. Les Hébreux, qui ont une analogie positive avec les Égyptiens, avaient également un luxe remarquable dans leurs funérailles... Quelquefois, comme chez les Grecs, on brûlait les corps... On le voit dans quelques prophètes... le luxe effréné qu'on apportait même dans ces cérémonies était quelquefois si excessif et hors de toute mesure, qu'on fut contraint d'y mettre un terme, et que plusieurs Hébreux de haute naissance défendirent avant leur mort qu'on les mît dans un autre linceul qu'un linceul de très-bas prix. Les Perses furent les seuls peuples de l'antiquité qui ne mirent pas de la solennité dans leurs cérémonies funèbres, comme le faisaient les Grecs. Alexandre dépensa pour les funérailles d'Éphestion 8 millions de notre monnaie... On rapporte qu'il contraignit chaque homme de son armée à se raser, et que, continuant l'accès de folie, il fit raser, c'est-à-dire abattre, les tourelles et les dômes qui s'élevaient au-dessus des autres édifices. Les Romains étaient plus somptueux que les Grecs, parce qu'ils étaient plus riches... Quant aux honneurs, ils étaient immenses. Des vestales et des sénateurs portèrent Sylla!... Sylla!... Métellus avait sept fils... trois étaient consulaires... et ils le portèrent sur leurs bras... Paul-Émile fut porté par des députés de la Macédoine, et dans les fils de Métellus, outre les trois consulaires, l'un avait eu le triomphe, et l'autre était dans le moment même préteur. Les Romains ajoutaient quelquefois les combats de gladiateurs à la pompe des funérailles de quelques grands hommes, soit de l'armée, soit du Forum...

Quant aux Bocages de la mort, ces cimetières aériens et parfumés sont touchants par leur simplicité. M. de Châteaubriand a raconté d'une manière délicieuse cette scène de la jeune mère et du voyageur!... Il y a une suavité harmonieuse dans ce balancement doux et monotone de cette jeune femme, qui, voyant enfin que son enfant est mort, lui donne le dernier lait de son sein, et, courbant la branche, l'amène jusqu'à elle pour donner encore un baiser à son premier-né. Puis, quittant la branche chargée de son triste et précieux fardeau, le mouvement fait remonter le rameau fleuri parmi les touffes ombreuses qui deviennent le véritable tombeau de l'enfant de la jeune femme sauvage... Enfin, chez aucune nation antique ou moderne, sauvage ou policée, on ne trouva jamais la violation des tombeaux, ni l'irrévérence de la mort... Chez plusieurs peuples même, c'était se rendre coupable d'une grande impiété que de ne pas rendre les devoirs à un cadavre inconnu qu'on trouvait par les chemins... Chez les Égyptiens, on était criminel, et au premier chef, en touchant seulement à un tombeau... Quelle grande et sublime pensée surgit forcément de tout ceci!... C'est qu'avec une grande diversité dans les cosmogonies et les rites, il y a concordance sur un point. Sur ce point, le sauvage du Canada comprendra l'habitant des bords du Nil et du Jourdain... C'est que partout le système de l'immortalité de l'âme est admis et reçu... En Arabie, le paradis est promis au Musulman avec des houris toujours jeunes!... Chez le Scandinave, ce sont des Walkiriyes présentant le crâne d'un ennemi toujours rempli de son sang... chez les Indiens, la vue et la société de Brahma... chez les païens, les Champs-Élysées, etc.. Ainsi, chacun a eu sa portion de vanité ou de sensualité flattée... Partout le fondateur a eu l'attention de parler à cette vanité... et il a réussi; non pas cependant contre le christianisme, celui-là a été vainqueur de tout... Aussi ne commettrai-je pas la faute de parler de notre sainte religion après les croyances inculquées par l'ambition ou le fanatisme, et le plus souvent reçues par l'ignorance et prolongées par la superstition.

[36-A]: Voir dans le P. Menestrier le détail des décorations funèbres, et dans Muret, pour les cérémonies.

[37]: Cette femme est mariée, et aujourd'hui établie à Sens.

[38]: Celui mort à Leipsick.

[39]: J'espère, pour le comte Gabriel Rczewousky, qu'il n'aura pas rencontré de femmes aux yeux fauves, après son départ de Paris.

[40]: Il revint en France avec ce titre en 1793, et fut reçu par la Convention, qui, toute fière d'avoir un allié, l'accueillit avec enthousiasme dans son ambassadeur, et le président lui donna l'accolade fraternelle.