David fit un tableau sur cet événement; il aimait Lepelletier, et voulut consacrer ce qu'il appelait son martyre. Il fit un grand tableau représentant Lepelletier étendu sur son lit mortuaire; au-dessus de sa tête, on voyait un sabre suspendu par un cheveu et traversant un papier sur lequel est écrit:
Je vote pour la mort du tyran.
En haut du portrait est placée l'inscription suivante,
L'an 1793, 2e de la République,
À Michel Lepelletier,
Assassiné pour avoir voté la mort du tyran,
L.-J. David, son collègue.
Quelques mois après, la France gémissait sous la plus épouvantable faction que les troubles politiques aient jamais fait éclore. Quelques victimes crièrent au secours; leur cri de détresse fut entendu par une noble femme. Elle apprit en même temps que Marat avait dit:
—Le mal du système actuel, c'est qu'il est trop doux. Il faut que le sang coule... non par gouttes, mais à TORRENTS.
—Voilà celui que je dois frapper, se dit-elle!
Et Charlotte Corday arrive à Paris le 12 juillet 1793. Le lendemain, Marat n'existait plus, et nos fers étaient rivés encore plus fortement, car les décemvirs qui décimaient la France vengèrent sa mort sur des innocents. À l'occasion de la mort de Marat, il vint une députation conduite par Guirault, qui s'écria en entrant dans la Convention:
—Où es-tu, David? tu as transmis à la postérité l'image de Lepelletier mourant pour la patrie... Il te reste encore un tableau à faire!...
—Je le ferai! s'écrie à son tour David d'une voix tremblante d'émotion...