—Tu as parlé! lui dit Saint-Just le lendemain du souper.

—Qu'ai-je dit?

Saint-Just répéta le mot. Robespierre fronça le sourcil... Il était grave, ce mot, et le dictateur sentit son imprudence. Il fut l'arrêt de la mère et de la fille.

Elles moururent sur l'échafaud, revêtues de la robe rouge, comme assassins de Collot d'Herbois!...

Ce n'était pas les vers qu'un jour il avait adressés à la jolie madame de Sartines, qui devaient compromettre Robespierre... ces vers sont bien curieux. Les voici:

Sur le pouvoir de tes appas
Demeure toujours alarmée;
Tu ne seras que plus aimée,
Si tu veux ne l'être pas.

Ces vers furent faits par Robespierre pour mademoiselle de Sainte-Amaranthe, madame de Sartines...

Elle avait alors dix-neuf ans. Elle était charmante... Mariée seulement depuis un an à M. de Sartines, fils de l'ancien lieutenant-général de police, depuis ministre de la Marine, elle avait été conduite chez Robespierre par sa mère, et toutes deux payèrent de leurs têtes cet acte de lâcheté. Ce fut elle qui montra le plus de courage; elle alla à l'échafaud avec sa mère, son mari, son frère et sa belle-sœur, pour ce prétendu projet d'assassinat de Collot-d'Herbois...

—Ne croyez pas punir, dit-elle, avec une fermeté qui était remarquable dans une femme aussi belle et aussi jeune, aux bourreaux du tribunal; car je ne suis pas coupable, et j'aime mieux mourir, même à vingt ans, que de vivre au milieu de monstres tels que vous.

Un témoin oculaire de ces temps désastreux, et qui avait particulièrement assisté à cette dernière scène, me disait que le courage de madame de Sartines avait été plus qu'admirable, car il était touchant... Elle aimait sa mère avec une extrême tendresse, et bien loin de lui reprocher sa mort, elle l'embrassait avec son frère, et la consolait ainsi que lui...