BARRAS.
Si je le croyais!...
MADAME TALLIEN.
Eh bien! que feriez-vous? Allons! ne soyez ni méchant ni humoriste. Nous sommes joyeux ce soir, et il faut l'être jusqu'au jour.—Cherchez et trouvez votre Bourdon, et finissons tout discours ennuyeux.—Il est minuit et demi; eh bien! lorsqu'une heure aura sonné à cette pendule, il est convenu et arrêté qu'il ne sera plus dit une parole qui ait rapport à une affaire. Je fais cette motion en la soumettant au président.
—Est-ce à celui du Directoire que vous avez à faire? dit une voix grave, mais cependant douce, derrière elle; elle se retourna, et elle vit Gohier.
—Mais pourquoi non? répondit-elle; je vous en fais juge. Je veux que lorsque l'aiguille de cette pendule marquera une heure toute affaire soit suspendue.
GOHIER.
Vous avez non-seulement raison, mais vous auriez dû dire minuit: c'est l'heure du plaisir et du repos.—Il ne faut jamais mêler ensemble la joie et les affaires, le trouble et le calme.—Les affaires se traitent mal, et le plaisir n'est jamais entier. Vous voyez bien que si je ne suis plus jeune, je ne suis pas austère.
MADAME TALLIEN.
Vous êtes un des hommes les plus aimables que je connaisse. Je le disais encore ce soir à Barras, qui était de mon avis.