MADAME PRIVAS.

Oh! il vous connaît bien, allez, lui!..... tiens! qu'est-ce que c'est donc que tout ça?...

Et elle se mit à retourner et à remuer tout ce qui était sur la table de madame de Genlis... Il y avait, entre autres choses, un charmant livre de la forme de nos albums d'aujourd'hui, dans lequel madame de Genlis peignait alors une guirlande de fleurs allégoriques ou plutôt emblématiques. Elle avait fait un langage des fleurs. Il y a aussi, je crois, une nouvelle d'elle[63] qui a donné l'idée à M. Révéroni de Saint-Cyr de faire son roman de Sabina d'Herfeld. Madame de Genlis fut alarmée pour le sort de ses fleurs, et puis elle voulait savoir ce qui lui valait une visite aussi étrange.

—Permettez-moi, madame, lui dit-elle en refermant doucement le livre, de vous prier de ne point toucher à cet ouvrage. Il n'est point terminé et pourrait s'effacer... et puis... mon temps est bien limité... il n'est même pas à moi.

MADAME PRIVAS.

Vraiment!... pauvre chère dame!... voyez-vous bien! cette chienne de révolution!... c'est ce que je dis toute la journée à M. Privas!... là, une dame comme il faut, une dame comme vous, qui a roulé su l'or et su l'argent..., en être réduite là, à travailler pour vivre!... Ah! mon Dieu! mon Dieu!...

MADAME DE GENLIS, presque impatientée.

J'ai l'honneur de vous faire observer, madame, que c'est pour cette raison que mon temps est pris par mon travail... Puis-je savoir ce qui me procure l'avantage de vous voir?

MADAME PRIVAS, la regardant avec admiration.

Comme vous parlez bien!... voilà comme je voudrais parler!... c'est ce que je dis toute la journée à M. Privas. Il a été longtemps à le comprendre, mais j'ai gagné la bataille.