Ce que le petit Maure répéta en fausset.
Après le départ de cette femme, madame de Genlis croisa ses mains, puis, les laissant retomber:
Eh quoi! dit-elle, la France en est-elle à ce point, que la fortune et les biens de tant de malheureux qui souffrent dans l'exil et la pauvreté, tant d'héritiers des victimes massacrées, soient dans les mains de telles gens!... Cinq millions! ainsi cette femme a deux cent cinquante mille livres de rentes!... peut-être le château de mon père, tandis que je travaille pour vivre... Voilà donc le résultat de la Révolution!...
Elle tomba rêveuse sur une chaise, et y demeura assez longtemps sans que Millin la troublât. Il comprenait trop bien sa dernière exclamation[64]. Il dit enfin:
—Oui, ce serait une bien triste besogne que celle d'avoir provoqué la révolution, si elle n'avait pas eu d'autres résultats que celui de tuer et de ruiner les légitimes propriétaires pour enrichir les intrigants..... oui, ce serait en effet bien triste!
Madame de Genlis se leva et marcha quelque temps assez agitée; puis lorsqu'elle se rassit, elle était calme, et reprit la conversation sur madame Privas avec une grande liberté d'esprit.
—Comment l'avez-vous refusée sans réfléchir? lui dit Millin. Songez donc, douze mille francs! et cette femme paraissait tenir tellement à vous qu'elle en eût donné quinze et même vingt pour vous avoir.
—Et moi, jamais je ne sacrifierai ma chère liberté à une fortune, quelle qu'elle soit; et puis, savez-vous bien que cinquante mille francs ne paieraient pas l'ennui de vivre avec une pareille femme!... Est-il donc vrai que beaucoup de ces parvenus soient ainsi?
Dans ce moment, on annonça M. de Valence.
—Tenez, dit Millin, voici quelqu'un qui pourra vous donner là-dessus tous les renseignements possibles.