Eh! mon ami, celui de parler de soi... car dans un ouvrage du genre de celui que vous publiez, vous devez souvent parler de vous, sous peine d'être accusé de manquer à votre devoir d'écrivain qui doit tenir ce qu'il a promis... Pour beaucoup d'autres cela eût été facile... mais vous...

M. DE LA HARPE.

J'ai tâché de m'acquitter de ce devoir le plus succinctement possible et avec un laconisme purement historique. Je dis les faits, parce qu'il les faut dire; si je m'y trouve mêlé, ce n'est pas ma faute; et s'il m'arrive de jouir de quelques succès, ils sont donnés à l'amitié qui les partage; car enfin mon ouvrage sera lu par mes amis, tout autant que par mes ennemis. Quant aux gens qui se trouvent bien plus blessés du bien que je dis de leurs ennemis que du mal que je dis de leurs amis, que puis-je pour eux?

M. DE FONTANES.

Ah! rien, je le sais... mais cela ne rassure pas mon amitié, au contraire... C'est bien dommage qu'on ne puisse pas réconcilier l'amour-propre avec la vérité!

M. DE LA HARPE.

Mon ami, cela ne se peut pas, parce que la vérité est bonne et l'amour-propre mauvais.

MADAME DE GENLIS.

Monsieur de La Harpe a bien raison. Mais observez cependant que le mal de l'amour-propre a ses nuances et ses degrés comme tout autre; l'orgueil d'étouffer la vérité par la force oppressive est le crime de l'amour-propre et le plus grand des crimes imaginables. C'est celui de la révolution pendant douze ans; il suffirait à lui seul pour expliquer à la raison les peines éternelles, quand elles ne seraient pas article de foi... (on rit) sans doute; la vanité, c'est-à-dire l'orgueil des petites choses, n'est proprement que la sottise de l'amour-propre... Ce que je ne comprends pas, c'est qu'après avoir été, comme de nos jours, tant éprouvé dans les grandes choses, on se cabre encore pour les petites.

M. DE TALLEYRAND.